SNAPE

Premier semestre 1964

archives-Convention Collective

 

Elle n'est pas encore si lointaine dans le passé cette époque où lorsque l'exiguïté des galeries ne permettait pas le passage des chevaux, des enfants « âgés d'au moins sept ans » étaient attelés aux wagonnets de minerai pour les faire circuler dans les fonds obscurs et dangereux des mines.

Et pourtant, depuis un certain temps déjà, un document considérable dans sa teneur et par son retentissement s'était imposé à l'attention du monde du travail (j'entends ici par « monde du travail » l'ensemble des hommes qui agissent et aussi de ceux qui regardent œuvrer les autres !).

Ce document était l'Encyclique Rerum Novarum qui, sous la signature de Léon XIII, marquait la sollicitude de l'Église à l'égard de toutes les classes laborieuses et ouvrait la voie à un véritable code de la condition humaine dans la recherche du pain quotidien.

Et tel est le sort de toute ordonnance de capitale importance : ou d'être mise en sommeil par ceux-là mêmes qui ont pour mission d'en rendre effectives les dispositions, mais qu'elle gêne pour des raisons d'intérêt personnel ou de vanité, ou au contraire d'être saisie avidement et surpassée dans ses intentions si ce même intérêt personnel ou cette vanité peuvent y trouver leur compte.

C'est donc lentement, mais sûrement, comme l'Évangile qui l'inspirait, que la doctrine de Rerum Novarum devait faire son chemin dans l'Église et dans le monde ouvrier. Des noms jalonnent l'histoire de ce progrès social, et si tous les représentants patronaux ne furent pas des Léon ARMEL, il me suffira de rappeler l'action des successeurs de Léon XIII et d'évoquer les interventions d'un cardinal LIENARD à Lille, d'un cardinal MERCIER à Malines, de tant d'autres, et, plus près de nous par la distance et par le temps, comme aussi par le cœur, du cardinal FELTIN qui, par le simple énoncé de quelques « réflexions », a dressé pour tous le canevas d'un solide programme de labeur et d'un véritable examen de conscience.

On retrouve bien, en effet, dans toute doctrine d'inspiration religieuse cette affirmation des droits de la personne humaine au travail, et depuis Rerum Novarum l'accent a été mis sur l'aspect communautaire de toute activité individuelle. Celle-ci, qui déjà en elle-même ne saurait conserver longtemps ce caractère d'isolement, le peut encore moins de nos jours en raison de l'évolution technique et sociale exigeant de chacun une spécialisation susceptible de le rendre participant de l'action commune et en conséquence tributaire de l'ensemble.

C'est pourquoi Léon XIII et ses successeurs ont préconisé la constitution de groupements se donnant pour tâche la défense de la noblesse de leur profession et de la dignité humaine, et se consacrant pour cela à l'étude des conditions de travail de leurs membres. Peu à peu, quoique timidement, ces groupements naquirent à la fin du siècle dernier pour s'amplifier, malgré les oppositions que l'on devine, sans obtenir toutefois de reconnaissance officielle. Ils s'appelèrent, ou on les nomma, les « syndicats », ce nom qui fait dresser les cheveux sur combien de têtes, même chenues, mais qui n'inquiètent nullement les consciences tranquilles. Ce n'est pas à ces dernières en effet que s'adresse l'apostrophe de Robespierre : « voyez ces masses qui travaillent, et craignez-les, car, pour être terribles elles n'auraient qu'à ne rien faire ».

J'ajoute que ces masses ne tiennent pas essentiellement à être terribles ; elles ne le deviennent que lorsqu'on les y oblige en leur refusant leurs droits ; l'ambition de leur force n'est pas de semer la terreur, mais d'inspirer le respect.

C'est que la reconnaissance des droits des travailleurs, même prêchée ex cathedra par Léon XIII, a longtemps constitué, et constitue encore, un véritable travail d'évangélisation ; et si, à la fin du XIXe siècle, quelques patrons ont accepté, provoqué même, le dialogue avec leur personnel, combien d'autres l'ont catégoriquement refusé. Certains même ont plus sournoisement encore consenti à des pourparlers individuels aboutissant à des conditions de travail différentes entre les membres d'une même entreprise dans le but de créer l'animosité entre ceux-ci et d'empêcher une cohésion qui leur paraissait redoutable.

Peu importe, les négociations conduites de bonne foi avaient vu le jour et donné naissance à des accords collectifs qui, bien que rares et non officiels, avaient pour les employés et les employeurs, et de par leur bonne volonté réciproque, valeur de contrat moral.

Les grandes catastrophes ayant pour effet de rappeler les humains au sens de leurs responsabilités, dès la fin de la première guerre mondiale, l'attention de la société et du pouvoir se porta sur l'intérêt de ces accords à caractère privé, et ceux-ci furent consacrés officiellement par la loi du 25 mars 1919 qui leur conférait un cadre juridique.

Un premier pas était fait, mais rien alors ne codifiait la procédure à suivre normalement pour l'élaboration de ces accords que l'on dessinait déjà du nom de « conventions collectives ».

Il fallut l'avènement en France du Front populaire pour que la condition ouvrière conquière des droits de noblesse et que les Conventions Collectives fassent l'objet d'une législation complète, laquelle stipula particulièrement que ces Conventions ne pouvaient être étudiées, élaborées et conclues que par les Organisations syndicales professionnelles, avec possibilité d'extension soit dans l'espace soit dans l'application, moyennant une procédure bien définie (loi du 24 juin 1936).

Bien entendu, tout cela fut mis en sommeil pendant la guerre 1939 - 45, jusqu'à l'institution d'un nouveau régime (loi du 23 décembre 1946) qui permettait la libre discussion des conditions de travail, à l'exclusion toutefois des salaires, objet d'une réglementation spéciale.

Cette réglementation elle-même devenait caduque en 1950 et la loi du 11 février de cette même année porta à la compétence des Conventions Collectives la libre discussion des salaires. Ce qui fait qu'actuellement rien n'échappe à la Convention Collective de ce qui touche de près ou de loin l'activité de la profession.

La Convention Collective constitue, comme à l'origine, un accord. Mais elle est maintenant officielle et obligatoire et son élaboration est définie légalement et juridiquement. En particulier elle doit être conclue et ne peut l'être que

1. du côté salarié : par l'organisation syndicale professionnelle de travailleurs,

2. du côté employeur : a - par l'organisation syndicale professionnelle d'employeurs,

 b - ou par un groupement d'employeurs,

 c - ou par un seul ou quelques employeurs.

Son domaine peut être local, régional ou national et faire l'objet, dans les deux premiers cas, d'une mesure d'extension « dans l'espace ».

Elle peut aussi s'étendre à des activités connexes et faire dans ce cas l'objet d'une mesure d'extension « dans l'application ».

Pour être valable elle doit être établie selon un plan déterminé par la loi, comporter certaines clauses obligatoires, être déposée en triple exemplaire au Secrétariat du Conseil de Prud'hommes ou au Greffe du Tribunal de Première Instance, par les soins de la partie la plus diligente et à frais communs. Ce dépôt marque la mise en valeur vigueur de la Convention Collective.

De plus, dans les deux jours qui suivent, un exemplaire doit être adressé au Ministre du Travail et de la Sécurité Sociale, et un autre à la Direction Départementale du Travail et de la Main-d'œuvre.

Mais, dira-t-on, ces accords intervenant entre les deux parties signataires ne sont-ils pas éventuellement une source de conflits, et l'une ou l'autre ne risque-t-elle pas de se retrouver quelque jour en demeure de s'expliquer devant un Tribunal ?

Si on a la curiosité ou le besoin de feuilleter les dossiers de la jurisprudence, on constatera au contraire qu'au fur et à mesure de la codification des droits et des devoirs de chacun, par la loi d'abord, par la Convention Collective ensuite sur le plan de l'activité professionnelle, les instances judiciaires sont de moins en moins fréquentes. Chacun connaissant ses droits, mais aussi ses devoirs, de manière bien déterminée et bien précise, connaissant aussi ses risques sur le plan professionnel, et sur le plan civique le cas échéant, en cas d'infraction à ses engagements, sait l'intérêt qu'il y a à suivre avec tous la ligne tracée en commun.

Que si un conflit se présente, quelle que soit sa cause ou son origine, la Convention Collective prévoit des moyens de médiation et de conciliation à utiliser avant ceux qui sont offerts par les lois du travail et à plus forte raison par les Tribunaux. Et, par exemple, en ce qui concerne notre profession, d'artistes musiciens d'églises, bien têtu serait celui-là qui se retrouverait devant un Tribunal après les interventions du Président du Syndicat, puis du Service du Temporel de l'Archevêché, et de l'Archidiacre, puis de l'Archevêque, puis du Directeur de la Main-d'œuvre, puis du médiateur désigné par le Ministre, puis de la Commission de Conciliation, puis de la Commission d'Arbitrage, et je n'ai pas tout dit ...

Depuis novembre 1963, plusieurs litiges ont été soumis au Syndicat par des Musiciens et aussi par des Curés, désireux d'être éclairés ; et tous ont été munis de renseignements impartiaux. Des lettres de ... perdants, même syndiqués, sont là pour témoigner ; leurs auteurs remercient le Président du Syndicat de l'objectivité et de l'impartialité avec laquelle il a réglé ces litiges, dont aucun n'a eu à être porté plus loin.

Les contacts ont été demandés au Service du Temporel pour prendre date et travailler à la Convention Collective qui nous intéresse tous. J'ai fait personnellement le nécessaire pour que soit hâtée la réponse à mes propositions de dialogue.

Nous vous tiendrons au courant du résultat de nos démarches et de nos travaux. La situation et l'infrastructure de notre Syndicat est maintenant bien assise et solide. Nos deux vice-présidents ont pour charge principale la documentation : religieuse, légale, artistique et sociale. Les trésoriers sont dignes de confiance et se tiennent à la disposition de chacun. Notre secrétaire, toujours si dévouée, est sans cesse sur la brèche. Nos assesseurs ont pour tâche les missions diverses, les coups de main (honnêtes), les coups de collier aussi. Quant au Président, il pense toujours qu'à son poste, un mot bien placé ou un argument juridique précis a plus de valeur dans une discussion qu'une éclatante improvisation en si bémol ; il est persuadé que notre profession peut vivre, malgré ce que des circonstances éphémères portent à craindre ; il est résolu à mener à bien la mission qui lui a été confiée par vous et à rester fidèle à sa devise : être encore un espoir quand tout semble perdu.

Le Président,

Albert FAVERAIS

 

Billet de la Secrétaire

 

La première démarche du Bureau issu des élections de l'Assemblée Générale du 22 novembre 1963, a été de demander une audience à S.E. Monseigneur FELTIN, audience qui fut accordée le 11 janvier 1964. Ce geste répondait à la fois à notre souci de présenter à la plus haute autorité religieuse du diocèse qu'est notre employeur, le Syndicat nouvellement reconstitué ; de manifester à cette autorité notre désir de défendre une profession dans un esprit de soumission à l'Eglise et au Concile et de concerter avec Elle-même les directives inspiratrices de notre action.

À vrai dire, cette démarche, qui est en tout point conforme aux habitudes syndicales, nous a paru particulièrement recevable dans notre cas particulier. Il semble qu'un dialogue puisse facilement s'établir entre l'autorité ecclésiastique et un Syndicat affilié à une Confédération dont les principes d'action s'inspirent historiquement de la doctrine sociale de l'Église.

Bien que la publication du compte-rendu intégral de cette visite n'ait pas été assurée, son Éminence ayant désiré que notre entrevue garde un certain caractère d'intimité, nous croyons pouvoir en rappeler quelques points.

Approuvant notre démarche et l'esprit dans lequel nous nous sommes constitués en Syndicat (dont les statuts lui ont été remis) son Éminence nous a engagé à voir les services compétents, soit, pour le fond, la raison d'être de notre travail : la Commission Diocésaine de Musique Sacrée où le Syndicat doit normalement être présent ; et, pour la forme pratique, la gestion de l'ensemble de la profession : le Service Temporel.

 

Peut-être est-il bon de rappeler ici qu'il existe un Centre de Pastorale Liturgique (C.P.L.), lequel présiderait et commanderait les trois Commissions diocésaines : 1. Liturgie - 2. Musique - 3. Art sacré. Ceci sur le plan diocésain, c'est-à-dire en l'occurrence la région parisienne où la pratique de notre profession pose maintenant les plus grands problèmes.

D'autre part, sur le plan national, le C.P.L. est grandement secondé pour toutes les questions touchant le rôle de l'orgue, des instruments ou du chant à l'église par l'Union Fédérale Française de Musique Sacrée, qui groupe toutes les Associations existantes en ce domaine.

 

Après consultation des statuts de l'U.F.F.M.S., nous nous sommes présentés au Secrétaire Général, le R.P. PICARD qui nous a reçu de manière bienveillante, nous convoquant à l'Assemblée Générale du 28 janvier et nous remettant accusé de réception de la cotisation ainsi que la carte de membre actif. Le Président et la Secrétaire étaient présents à cette Assemblée. Puis après cette réunion, le R.P. PICARD nous a écrit le 6 février, ... « je viens vous confirmer, comme je vous l'avais dit de vive voix, que la candidature du Syndicat National Professionnel des Artistes-Musiciens des Cultes, sera soumise au Comité Directeur de l'Union Fédérale lors de sa prochaine réunion. Je ne manquerai pas de vous tenir aussitôt informée de la décision qui aura été prise.

L'invitation que je vous avais fait de venir à notre Assemblée Générale était une marque de l'intérêt que j'avais attaché à votre démarche et dans ce même esprit je vous avais envoyé une carte d'un accusé de réception... »

Puis, autre lettre le 26 mars 1964 :

« ... Comme vous l'annonçait ma lettre du 6 février et comme notre Président en avait convenu avec le vôtre, le Comité Directeur de l'U.F.F.M.S. a procédé à l'examen de la candidature du S.N.P.M.A.C. ; il lui est apparu qu'il ne pouvait donner agrément à cette candidature. Le Comité Directeur a bien voulu m'autoriser à vous tenir informée de sa position. En conséquence je verse ce jour au C.C.P. de votre Syndicat le montant de la cotisation de principe que vous aviez versée et que j'avais mise en réserve. Le Comité Directeur propose cependant le principe d'un échange entre nos deux bulletins intérieurs pour nous permettre de nous tenir mutuellement au courant de nos activités et de nos travaux... »

Le Syndicat n'a pas encore répondu à cette dernière lettre.

Tenant toujours compte des encouragements que nous avait donnés S.E. Monseigneur FELTIN, nous avons envoyé des lettres et aussi rendu visite à Monseigneur DELARUE, Président de la Commission Diocésaine de Musique Sacrée, qui fait de grandes difficultés pour accueillir le Syndicat au sein de ladite Commission où pourtant son Éminence nous a dit être notre place.

Nos propositions à Monseigneur DELARUE s'appuient d'abord sur le fait que, professionnels de la musique d'Église, nous revendiquons une certaine compétence en la matière, et que, d'autre part, personne, à notre connaissance, ne représente au sein de la Commission l'Art Grégorien qui, jusqu'à nouvel ordre, reste le chant authentique de l'Église. C'est pourquoi nous proposons qu'avec nous entre à la Commission un représentant de l'Institut Grégorien de Paris (qui est une section de l'Institut Catholique, dans l'Église de France est, à juste titre, si fière).

Mgr DELARUE redoute qu'une augmentation du nombre des membres de cette Commission soit préjudiciable au bon fonctionnement de cet organisme.

 

Enfin, les premiers contacts ont été pris avec les services du Temporel en vue de l'établissement d'une Convention Collective. D'autre part, le Syndicat a été invité à une réunion avec les différents Curés responsables du Temporel, ainsi que les représentants de l'U.M.C.O. et de l'A.C.E. Notre Président a accepté cette rencontre qui eut lieu le 14 mai, pour établir le dialogue avec tous. Il a délégué à cet effet les deux vice-présidents et la secrétaire. Une augmentation de salaire, depuis longtemps demandée par ces deux associations a finalement été accordée.

 

Nouveaux tarifs à partir du 1er juillet 1964 (PARIS)

 

CONVOIS - Cérémonies paroissiales

 

 

Brut

Congés payés

Transport

Net

Séc. Soc.

- 65 ans

Séc. Soc.

+65 ans

A payer

- 65 ans

A payer

+ 65 ans

Organiste

17

1,02

1,5

19,52

0,66

0,22

18,86

19,3

Chanteur

11

0,66

1,5

13,16

0,44

0,15

12,72

13,01

 

MARIAGES - Organistes

 

Avec Messe

 

 

 

 

 

 

 

 

G.O.

30

1,8

1,5

33,3

1,12

0,37

32,18

32,93

Petit O.

25

1,5

1,5

28

0,94

0,31

27,06

27,69

Sans Messe

17

1,02

1,5

19,52

0,66

0,22

18,86

19,3

Chanteur

16

0;96

1,5

18,48

0,62

0,21

17,84

18,25

 

Sortie et autres classes = Tarif inchangé

 

FIXE MENSUEL

 

 

Orgue

Chant

Une messe

80

60

Deux messes consécutives ou vêpres & messe

140

100

Deux messes non consécutives

160

120

Trois messes non consécutives

200

140

Quatre messes non consécutives

250

180

Autres cérémonies de ¾ d'heure

14

11

Autres cérémonies de plus de ¾ d'heure

17

14

 

Nos démarches auprès des organismes diocésains et nationaux dépendant de l'autorité archiépiscopale restent conformes à la doctrine sociale préconisée par l'ensemble du haut clergé, à l'occasion des difficultés qui surgissent de temps à autre dans le monde du travail.

Monseigneur PIOGER, évêque de Sées, ne déclarait-il pas, à l'occasion de la fermeture d'un atelier de confection (87 ouvrières licenciées), « Nous ressentons vivement l'humiliation que celles-ci éprouvent dans leur dignité de personne libre en se voyant imposer une décision à laquelle elles n'ont pas participé ... La participation à un Syndicat est une des formes actuelles de la Charité » (le Figaro du 20-4-64)

A l'occasion de la fermeture d'une usine (R.V.P.) tous les curés du 20e arrondissement adressent une lettre au Président Directeur général à la suite du licenciement de 220 ouvriers pour fait de grève. Il y était dit entre autres, que le dialogue devait être établi avec les organisations corporatives du personnel.

Enfin nous ne saurions trouver meilleure conclusion que cette citation, relevée dans Le Monde du 5-5-64 :

« Nul ne pourra fermer la bouche à l'Église quand elle rappelle que le travail n'est pas une marchandise, mais un droit et un devoir avec pour conséquence la sécurité de l'emploi et la conscience professionnelle », a déclaré l'abbé Bourrat, au cours d'une cérémonie organisée à Saint-Étienne par les mouvements d'Action Catholique. Et il a conclu que l'Église voudrait que les travailleurs soient plus complètement associés à la vie économique et que de justes rémunérations leur permettent de faire vivre leur famille.

 

Nous disons : sécurité de l'emploi et qualification professionnelle. Nous souhaitons aborder au plus tôt ces deux aspects de notre action au cours de nouvelles audiences que nous avons demandé au Temporel de nous accorder.

 

Aussi êtes-vous invités à nous signaler toutes les difficultés que vous pouvez connaître : qu'elles vous soient personnelles ou qu'elles soient de vos confrères, pour que nous puissions les résoudre. D'heureuses solutions de problèmes parfois délicats ont déjà été apportées par notre bureau, en accord avec les membres du Clergé intéressés. À noter que des prêtres n'hésitent pas à se rapprocher du Syndicat pour être renseignés sur leurs droits et leurs devoirs ; notre Président leur a toujours apporté les apaisements nécessaires et des précisions utiles. Car, soucieux de défendre la profession, le Syndicat estime qu'il doit faire bénéficier de sa compétence et les employeurs et les employés.

La Secrétaire,

M. CULOT-DEBRAY

 

Nous avons le grand honneur de compter parmi nos syndiqués, le Directeur de l'Institut Grégorien de Paris, M. LE GUENNANT qui a bien voulu écrire dans ce bulletin.

 

Billet d'Edouard Souberbielle, Vice-Président

 

Le lundi de Pâques dernier a eu lieu à Rome le pèlerinage décennal de l'Institut Grégorien et des Scholae paroissiales qui lui sont affiliées. Trois grand'messes pontificales ont été célébrées et chantées par une foule de trois mille pèlerins à Assise, à Saint-Ignace de Rome puis à Saint-Pierre du Vatican, cette dernière en conjonction avec quelques groupes internationaux de « Pueri Cantores », et suivie d'une allocution solennelle de S. S. Paul VI.

Après l'Osservatore Romano qui a consacré à notre pèlerinage une page entière de son numéro du lendemain, après les larges commentaires et les extraits qui en ont été donnés par la radio italienne et la presse française (7 avril), il convient que notre bulletin appelle aussi l'attention de nos adhérents sur ces grandioses cérémonies. Car, bien qu'elles semblent au premier abord ne concerner que des Scholae de simples fidèles et des groupements d'enfants, elles intéressent en fait tous les musiciens d'église par les incidences significatives qu'elles ont sur notre profession.

En effet, en portant aux pieds du Saint Siège cette insigne illustration de toutes les formes de la musique sacrée, d'abord le chant grégorien, dont le « propre » fut chanté avec la plus expressive perfection par quelques Scholae sous la direction du R.P. Dom Gajard, et « l'Ordinaire » alterné avec une remarquable homogénéité entre les Scholae du chœur et l'assemblée des trois mille pèlerins sous la double direction de Dom Gajard et de M. l'abbé Bihan, sous-directeur de l'Institut Grégorien (qui remplaçait le directeur, M. Auguste Le Guennant, empêché) ; puis la polyphonie, par l'exécution de l'« O memoriale » de Palestrina et du « Benedic anima mea » de A. Le Guennant, chantés par toute l'assistance sous l'habile direction de M. l'abbé Bihan ; enfin le choral populaire, représenté par le cantique : « Nous chanterons pour Toi, Seigneur », chanté de la même manière par l'Assemblée entière, l'Institut Grégorien et les « Pueri Cantores » ont donné indirectement, mais formellement, un témoignage capital à la nature et l'importance de nos fonctions.

Ce témoignage a été confirmé solennellement par le discours que le Souverain Pontife nous a adressé après l'office et dont nous voulons extraire les passages principaux :

« Par l'exécution du chant grégorien, nous a dit le Saint Père, vous assurez aux offices de la Sainte Liturgie de l'Église romaine une grande beauté. Ce chant à l'unisson possède en effet à un degré éminent, comme l'ont bien souligné tant de mes prédécesseurs, toutes les qualités requises pour la musique religieuse. Il rehausse ainsi la splendeur des rites, il favorise l'unanimité de l'ensemble des fidèles et la dispose à une plus parfaite louange divine.

Et l'on pourrait en dire à peu près autant du chant polyphonique, dans la mesure où il s'éloigne de tout effet théâtral, où le sens des paroles demeure intelligible au peuple fidèle qui l'entend, et où la mélodie s'accorde à l'esprit de l'action liturgique qu'il accompagne.

... Ayez à cœur de remplir à la perfection votre office de chanteur : par la qualité de votre exécution et par votre maintien modeste durant les cérémonies, vous contribuez fortement à l'édification et à la formation religieuse des fidèles...

Peut-être certains d'entre vous sont-ils inquiets des applications futures de la Constitution sur la Sainte Liturgie, adoptée par les Pères du Concile et promulguée par Nous-même le 4 décembre dernier ? Que ceux-là relisent les passages de ce texte admirable concernant le chant liturgique, et en particulier celui-ci : « Le trésor de la musique sacrée sera conservé et cultivé avec la plus grande sollicitude » (Const. de Sacra Liturgia, n° 114), et Nous pensons qu'ils seront pleinement rassurés.

Certes, il y aura à faire tout un travail d'adaptation, mais Nous savons que vous y êtes généreusement disposés et préparés par vos dons, par vos études, par votre zèle...

Aimez donc beaucoup. Aimez le Seigneur, aimez votre prochain, aimez la beauté. » ...

 

De ces paroles du Souverain Pontife, nous voudrions mettre en relief trois points principaux :

C'est, tout d'abord, l'importance qu'il attribue à la notion de beauté. On pourrait n'y pas faire attention, car, en liant la beauté et la liturgie le Pape semble ne proclamer qu'une évidence. Mais l'évidence s'oublie, et son énoncé par l'Autorité suprême prend la valeur d'un rappel à l'ordre pour les oublieux et les inconséquents. Il faut aussi comprendre la beauté et se souvenir qu'elle ne consiste pas dans le luxe. C'est beaucoup l'ignorer que de la confondre avec la richesse. Elle appartient autant à ce qui est simple qu'à ce qui est somptueux, et il faut qu'elle soit présente jusque dans les plus humbles manifestations du Sacré. C'est pourquoi, quand nous adoptons la simplicité désirée par notre Archevêque, nous demandons aussi, et par là même, les moyens indispensables pour la réaliser dignement, afin de ne pas offrir aux fidèles une liturgie en guenilles.

Notre confrère rappelle opportunément dans ce même numéro de notre bulletin, les devoirs qui en résultent d'abord pour nous. A nous de les bien comprendre et d'étudier ensuite avec notre clergé la meilleure manière de nous conformer à l'esprit de notre Archevêque et du Souverain Pontife.

 

Le second point n'est pas moins important. C'est la définition de la musique sacrée, déjà formulée par tous les Papes de ce demi-siècle et renouvelée par le Pape régnant. Paul VI affirme d'abord la primauté du chant grégorien où il reconnaît avec ses prédécesseurs l'universalité des caractères propres du chant liturgique. Il ajoute qu'on « peut en dire à peu près autant de la polyphonie ». Il faut remarquer ici les mots « à peu près » par lesquels il réserve expressément l'excellence imprescriptible du chant grégorien. Tout en affirmant les droits et la haute valeur du chant polyphonique, invité depuis le Concile de Trente à s'intégrer au culte divin pour en augmenter l'éclat, il ne lui reconnaît pas le droit de supplanter le chant grégorien, le chant rituel par excellence, celui que le Concile actuel reconnaît comme « le chant propre de l'Église latine ».

 

Le troisième point qui doit retenir notre attention est le « travail d'adaptation » que le Saint Père attend de nous pour les réformes liturgiques consécutives à la Constitution Conciliaire. Il sait, dit-il, que notre zèle lui est acquis. Mais il sait aussi que le zèle peut s'égarer et que rien ne peut être plus pernicieux que le dévouement passionné à de fausses vérités. C'est pourquoi il a pris soin, par deux fois, de prévenir toute confusion et de définir très clairement l'objet de notre obéissance.

Il a exprimé cette mise en garde par les textes ci-après :

« Nous désirons que personne ne porte atteinte aux normes de la prière officielle de l'Église en introduisant des réformes privées et des rites particuliers ; que personne ne s'arroge le droit d'anticiper arbitrairement l'application de la Constitution que Nous promulguons aujourd'hui, avant que n'aient paru à ce sujet les instructions officielles et que n'aient été dûment approuvées les réformes à la préparation desquelles devront travailler des organismes spéciaux post-conciliaires.

Son harmonie à travers le monde fait la noblesse de la prière de l'Église. Que personne ne veuille la troubler, que personne ne lui porte atteinte. »

Paul VI

(Discours de clôture de la 2e session du Concile Vatican II - 4 décembre 1963 - paragraphe dernier.)

 

« Outre ce que Nous avons changé en matière liturgique, ou que Nous avons ordonné d'appliquer avant le temps prescrit, Nous voulons en terminant que l'on prenne bien garde à ceci : le règlement de la Liturgie est du seul ressort de l'Église, c'est-à-dire de ce Siège Apostolique, et, conformément au droit, des Évêques. En conséquence, il n'est permis à personne d'autre, fût-il prêtre, d'ajouter, retrancher ou changer quoi que ce soit en matière de liturgie. »

(Constitution conciliaire art. 22, § 1 et 3)

 

« Nous ordonnons que tout ce que Nous avons décrété par ce Motu proprio soit ferme et ratifié, nonobstant toutes choses contraires.

Donné à Rome, près de Saint-Pierre, en la fête de la conversion de saint Paul, le 25 janvier de l'année 1964, de Notre Pontificat la première ».

Paul VI, Pape

(Motu proprio du 25 janvier 1964, article 11)

 

En vertu de ces textes, les seules innovations liturgiques ayant force de loi sont celles qui nous sont transmises par le Saint Siège par l'Assemblée des Évêques avec son approbation.

Ce sont :

à la date d'aujourd'hui,

- l'obligation de l'homélie à la grand'messe du dimanche,

- la lecture en français de l'Épître et de l'Évangile,

- la formule : « Corpus Christi R. Amen » à la communion.

et pour l'avenir,

- les réformes du chant liturgique qui nous seront transmises par les mêmes voies.

 

Toutes les autres sont déclarées illicites.

 

Les principes qui sont à la base même de toute notre activité des musiciens d'église, doivent nous être rappelés particulièrement en ce moment où de nouveaux contacts viennent d'être pris par notre Syndicat avec les services de l'Archevêché. Le pèlerinage de l'Institut Grégorien et les encouragements du Saint Père nous semblent venir à propos pour orienter nos pensées vers l'Autorité romaine, qui seule, peut garantir à travers les remous d'un mouvement de réformes, la noblesse de la Liturgie et la dignité de notre profession.

Édouard SOUBERBIELLE,

Vice-Président

 

 

Faisons le point !

 

- Que faites-vous au Syndicat ?

Cette question, les membres du Bureau l'entendent plusieurs fois par semaine, de tous ceux en qui la formation du Syndicat a fait naître un immense espoir, je veux dire la majorité des chanteurs d'églises menacés dans leur existence.

 

- Que pouvons-nous répondre ?

Tout d'abord qu'il faut garder patience, le travail devant se faire par étapes, et les résultats ne pouvant être obtenus que moyennant une préparation minutieuse du programme d'action.

Ensuite, pour discuter valablement, il est indispensable de préparer des positions fermes sans lesquelles une argumentation ne saurait être accueillie avec faveur.

C'est ce qui nous amène à rappeler à tous nos collègues que le Syndicat a été formé dans un esprit non seulement de défense matérielle, mais aussi de perfectionnement, celui-ci conditionnant celle-là.

Car il est une conséquence inattendue des restrictions d'effectifs. Nos conditions de travail sont difficiles. Une réduction à deux ou trois éléments de l'effectif des choristes assurant un convoi ou un mariage (souvent pratiquement à un seul), ne pouvait se faire que dans l'ignorance des exigences techniques de notre art.

Sans aucune tentation de vanité pour être ainsi promus au rang de solistes (!) nous ne pouvons être insensibles à l'aspect lamentable de certaines situations.

Bien mieux : tel d'entre nous qui faisait figure honorable à titre de choriste dans une maîtrise importante se trouve en position défavorable lorsque dans les conditions actuelles, il doit assurer un service paroissial en « soliste » sans posséder la qualité requise par cette fonction. D'où, souvent, reproches de certains membres du clergé qui jugent les effets sans soupçonner, de bonne foi d'ailleurs, que ce sont eux-mêmes qui ont posé la cause.

Quoi qu'il en soit, nous avons à maintenir fermement des positions que voudrait abattre un vent de réforme ne soufflant pas de Rome. Nous restons persuadés que la campagne anti-grégorien par exemple, est inspirée par l'attrait du facile, par une répugnance à l'effort nécessaire à l'acquisition de toute notion artistique et esthétique.

À nous donc de rendre et de faire connaître et goûter à tous ceux dont nous exprimons et guidons la prière, la beauté de ce chant grégorien comme aussi de ces pièces écrites avec leur foi par des artistes auxquels Dieu avait confié des talents dans une autre intention que de les faire enfouir « sous le boisseau ».

De toute façon : les chants qui nous sont proposés, souvent d'inégale valeur, veulent être l'expression d'une prière, et il nous appartient malgré tout d'assurer, dans la mesure du possible, la dignité de l'office divin.

À cela notre Syndicat travaille avec acharnement. Faisons-lui confiance et souhaitons-nous mutuellement bon courage !

Marcel LE BRETON,

Vice-Président du Syndicat

 

La Musique Sacrée

et la Constitution Conciliaire sur la Liturgie

 

Les dispositions de la Constitution Conciliaire sur la Liturgie ont donné lieu, pour ce qui est de la musique sacrée, à des interprétations diverses et, souvent, nuancées à dessein, dont quelques-unes vont manifestement à l'encontre des textes, dans leur lettre et dans leur esprit. À vrai dire, on n'a pas attendu, dans certains milieux, la promulgation de cette constitution - et les décisions de l'Épiscopat français quant à son application - pour prendre des initiatives dont le moins qu'on puisse dire est qu'elles sont inquiétantes, parce qu'elles procèdent uniquement de préférences ou de points de vue personnels.

Peut-être ne sera-t-il pas inutile, par conséquent, de considérer dans ce bulletin quelques réflexions qui n'ont pas la prétention, bien entendu, d'épuiser un sujet aussi complexe dans ses données que celui de la musique sacrée dans la conjoncture actuelle, mais qui sont susceptibles d'aider les musiciens d'église à ne pas s'engager imprudemment dans des chemins qui, à plus ou moins longue échéance, ne peuvent aboutir qu'à des impasses. Je limite donc volontairement mon propos au chant grégorien et à la polyphonie dans la messe solennelle (Une messe est dite solennelle du seul fait qu'elle est chantée par le célébrant, que celui-ci soit assisté ou non par un diacre ou un sous-diacre. On voit clairement, par conséquent, ce qui distingue la messe chantée de la messe lue, qui n'est pas en cause dans cet article), messe solennelle dont la structure subit, trop souvent, des « adaptations » déconcertantes.

 

I - La Constitution Conciliaire conserve au chant grégorien la primauté, de droit et de fait, que lui ont reconnue tous les Souverains Pontifes depuis Saint Pie X. Il y a là, pour l'Église latine, un incomparable trésor musical et spirituel.

Sur le premier point, l'étude critique du répertoire prouve à l'évidence que ceux qui l'ont réalisé, après une longue période de gestation, tel qu'il se présente à nous, n'ignoraient rien d'un métier qu'ils ont exercé de main de maître. L'étude des mélismes, en particulier, montre bien que les procédés dont nous usons pour construire une idée musicale ont été mis en œuvre par les Anciens avec un art consommé : amplification des cellules génératrices, souci fréquent d'une disposition symétrique des dessins mélodiques, répétition de ceux-ci soit sur les mêmes degrés, soit sur des degrés différents, tout cela obéit, en chant grégorien comme ailleurs, à des règles générales de composition dont la synthèse du grand rythme de la phrase apparaît comme l'aboutissement logique. Quant à l'union intime de la musique et du verbe, lorsqu'il s'agit de pièces dotées d'une mélodie originale, elle est à ce point totale que, dit le P. SERTILANGES, « ce n'est guère que dans l'abstraction qu'on peut ici distinguer » (Prière et Musique, p. 12). Et il ajoute, quelques lignes plus loin : « C'est parce qu'il subit fidèlement et avec une fierté joyeuse la loi du verbe, que le plain-chant grégorien apparaît, selon Pie X, au degré souverain de la musique religieuse. » (Prière et Musique, pp. 24-25)

Sans doute ne faut-il pas exagérer : ce serait rendre le plus mauvais service au chant grégorien, qui a été fait de main d'homme, que de prétendre que son répertoire ne contient que des chefs-d'œuvre. Mais, cette réserve faite, on peut affirmer que les pièces de toute première valeur y abondent (Citons simplement, entre bien d'autres, les Offertoires du IIIe dimanche de l'Avent et du XXe dimanche après la Pentecôte), et qu'elles présentent, du point de vue de l'inspiration comme du point du vue de la forme, les caractères d'une composition musicale parfaite à tous égards.

Sur le second point, l'efficacité spirituelle du chant grégorien vient de ce que l'Église latine l'a consacré au service de sa prière dans les fonctions liturgiques, par priorité et, en certains cas, de façon exclusive. C'est pourquoi il est un véritable sacramental ; et c'est pourquoi aussi il agit sur les âmes - et souvent sur les âmes les plus humbles - pour leur apporter lumière ou apaisement, virtute operantis Ecclesiae. De ceci, combien de témoignages émouvants, qui me reviennent à la mémoire en écrivant ces lignes, m'ont été donnés par les messes radiophoniques dominicales ! ...

Lorsqu'on replace dans le contexte du Motu proprio ce qu'écrivait Saint Pie X au sujet de la musique sacrée, à savoir que « son office principal est de revêtir d'une mélodie appropriée le texte liturgique qui est proposé à l'intelligence des fidèles, » il est clair qu'il ne s'agit pas ici, uniquement, du sens littéral des textes, même en admettant, ce qui n'est pas toujours le cas, que ce sens littéral puisse être exactement précisé.

Il s'agit, en réalité, de tout autre chose. Il s'agit de dépasser la lettre, de pénétrer, en nous imprégnant de la spiritualité des Écritures, jusqu'au mystère de l'opération de l'Esprit-Saint en nous : tout cela ne s'explique pas par des mots, encore que ce soit à travers eux que nous percevons l'appel du Seigneur. Qui pourrait nier, en conséquence de tout ceci, la puissance de la musique, même si nous n'en prenons pas directement conscience, sur l'orientation et le développement de notre vie intérieure ? ... C'est également dans cette puissance que réside le principe de la responsabilité des musiciens d'église dans l'exercice de leur art.

 

II - Ce que je viens de dire du chant grégorien, je l'appliquerai, sur un plan à peine inférieur, à la polyphonie. Je n'entends pas par là le choral, harmonisé note par note, destiné à être chanté par les fidèles, et dont il faut bien se garder de sous-estimer la valeur ; je me souviens d'en avoir entendu de fort beaux et d'en avoir été très impressionné lors d'un office à Westminster Abbey, chacun faisant sa partie, selon sa voix, à sa place. Je veux parler de la polyphonie, ancienne ou moderne, dans ses formes les plus achevées. Il est bien évident que cette polyphonie-là, par la complexité même de son mécanisme, postule la nécessité d'une sélection et demande, pour son interprétation, le concours d'une élite. En conclura-t-on qu'il faille l'exclure du sanctuaire, sous le prétexte qu'elle est inaccessible à la masse ?

On a trop tendance, quelquefois, à considérer une fonction liturgique sous l'angle unique d'une participation active de l'Assemblée (Je souligne à dessein ce mot, pour marquer l'espèce de fascination qu'il exerce sur certains esprits, et qui fausse la perspective réelle dans laquelle doit se situer l'ensemble de la cérémonie, compte tenu de tous les acteurs qui y jouent un rôle). Certes, cette participation est infiniment souhaitable, sans admettre pour autant qu'il faille, pour l'obtenir à tout prix, descendre au niveau le plus bas (Le R.P. Bouyer, dans la France Catholique du 12 juillet 1963 fait sur ce point quelques remarques auxquelles l'autorité et la personnalité de l'auteur confèrent une importance particulière). Mais il ne faudrait pas oublier que les chants ou les attitudes d'une assemblée, même en envisageant les choses au mieux, n'apportent pas nécessairement la preuve de l'union des âmes dans une prière commune, ce qui est, en l'espèce, essentiel. Et il faudrait aussi se rappeler qu'une fonction liturgique n'est pas, dans toutes ses parties, une catéchèse.

Car sa fin principale est d'abord « la gloire de Dieu », comme l'a dit Saint Pie X, et comme nous le proclamons nous-mêmes en répondant à l'Orate fratres. Qui nous délivrera des messes « bavardes et autoritaires », écrivait récemment un critique musical à propos de l'attitude recueillie des auditeurs lors d'une exécution, à Saint-Eustache, de la messe en si mineur de J.S. Bach ? Si ma mémoire me sert bien, j'ai lu cela dans un article du Figaro, en mars 1964, sous la signature de Clarendon -Bernard Gavoty.

Une Schola polyphonique bien formée, et qui remplit son rôle avec zèle, est indispensable à la solennité des grandes fêtes, et son intervention est parfaitement conciliable avec la non participation des fidèles à ce moment-là. Si, de la sorte, la Schola a mieux préparé l'assistance à l'adoration, si elle a suscité en elle des dispositions plus actives à la méditation et à la contemplation, je dis que cette Schola a rempli excellemment sa mission, non seulement sans rompre en aucune manière l'unité spirituelle de la cérémonie, mais encore en ajoutant la prière, en tant que prière, un élément de beauté qui en accroît la dignité et la perfection.

Donc, et pour conclure, sans refuser notre effort à ce qui pourrait nous être demandé par l'Église, dans des dispositions sincères d'obéissance à ses décisions, et dans les limites précises de celles-ci, nous devons défendre les positions-clés que sont les formes de la musique liturgique traditionnelle ; car, en dehors de leur valeur propre, rien dans la Constitution Conciliaire sur la Liturgie, n'autorise à dire que le chant grégorien soit « dépassé », ou que la polyphonie doive être exclue du sanctuaire pour être confinée dans les étroites limites du Concert Spirituel.

A. LE GUENNANT, carte syndicale n° 111

 

Questions pratiques

 

            Peu habile à faire des phrases, à sélectionner des mots pour les placer dans un ordre rigoureux et précis, je ne suis votre apprenti trésorier que par l'absence totale de candidat ! Comme tous mes grands devanciers, de Colbert à Pinay, en passant par nos amis Maciet et Bonté, la première constatation à ce poste, la seule d'ailleurs, c'est le besoin permanent d'argent... car, malgré le dévouement du personnel C.F.T.C., les conditions avantageuses des papiers, tirages et taxes postales, toutes nos dépenses sont payées comptant en bons francs lourds, et nous avons beaucoup de projets...

            Pour répéter ce qui fut déjà dit en réunion : chaque syndiqué versant sa cotisation annuelle de 30 francs, par le jeu des versements à la Confédération, carte, timbres, Union départementale, etc... laisse à notre caisse environ 10 francs.

            Augmenter la cotisation est inconcevable ; trop de salaires se trouvant diminués.

            Seule solution : le nombre.

            Nous sommes entourés de sympathisants, de beaucoup plus d'hésitants, c'est donc notre devoir de faire connaître le syndicat et de nous amener de nouveaux adhérents de qualité.

            D'autre part sachez que le Syndicat peut, légalement, recevoir des dons.

            L'auteur du livre : « l'Église à la recherche de sa Musique », Mlle S. Corbin, a bien voulu nous apporter son aide généreuse. Qu'elle soit ici remerciée.

            Je vous rappelle que le deuxième semestre approche... Et que la cotisation mensuelle est de 2,50 francs, soit 15 francs pour le semestre.

            Nouveaux adhérents, utilisez le C.C.P. du Syndicat.

 

Remerciements du Trésorier A. DANJOU

 

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