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Le numéro 8 de "Orgues Nouvelles"

orgues_nouv_n8.jpgDans le numéro 8 de "Orgues Nouvelles" Georges Guillard soutient l’idée de la création d’une nouvelle profession, celle d’organiste-conservateur. Henri de Rohan-Csermak, technicien conseil pour les orgues de l’ARIAM d’Île-de-France rappelle que les orgues propriété de l’Etat ou des Collectivités locales sont par la Loi sous le « contrôle scientifique et technique des services de l’Etat » grâce aux conservateurs régionaux, aux services départementaux et aux techniciens-conseils. (Code du Patrimoine et décret du 22 juin 2009) Cyril Pallaud considère qu’il faut un « organiste professionnel ayant reçu une formation solide en facture d’orgues » simple pléonasme agrémenté d’une exagération : un organiste professionnel se doit de connaître son instrument, c’est une évidence, autrement il n’est pas professionnel. Monsieur Pallaud exagère néanmoins en parlant de « solide formation en facture d’orgues » car cela appartient au facteur d’orgues chargé de l’entretien de l’instrument. Monsieur Philippe Lefebvre signale pertinemment qu’il ne faut pas confondre conservation, usage et dans l’usage, les activités culturelles et les célébrations cultuelles. Je dois cependant rappeler à monsieur Lefebvre qu’il ne faut pas mélanger des textes dont la source, le contenu et le poids légal diffèrent. La Charte des organistes comme la Charte des chantres liturgiques sont des documents internes à l’Eglise catholique. Ces documents émanent de la Conférence des Evêques de France et nous disent ce que l’Episcopat français attend des artistes musiciens bénévoles ou salariés qui travaillent au service de l’Eglise. En revanche, la Convention Collective des Artistes Musiciens des Cultes est un document public négocié entre les représentants des patrons (les curés) et des professionnels (les artistes musiciens). La Convention Collective a force de Loi et s’intègre dans la loi générale du Code du Travail.

 

Parce qu’il est grand temps pour nous, organistes professionnels, de dépasser le mode de fonctionnement pratiqué dans le passé et qui résiste toujours, j’invite l’aimable lecteur à laisser de côté les affects et particularités propres aux uns et aux autres, curés et artistes musiciens du culte catholique à ne prêter l’oreille qu’à la Loi, seule garante de Justice. Voici ce qui dit la Convention Collective signée le 9 décembre 2008.

 

Art. 3.1 Le responsable liturgique est le curé affectataire…ou la personne compétente à laquelle le curé donne délégation… Il décide également des programmes musicaux des diverses célébrations en concertation avec l’équipe liturgique dont les artistes musiciens titulaires font partie de droit.

 

Art. 3.2 Est dit artiste musicien des cultes …l’organiste … dont les compétences ont été reconnues, conformément à l’article 6.2 de la présente convention.

 

Art. 6.2 Le recrutement d’un artiste musicien titulaire s’effectue parmi les titulaires de la  carte professionnelle.

 

Art. 5.2 La liste des musiciens titulaires de la carte professionnelle est mise à la disposition des curés des paroisses au Service des examens d’orgue de l’Archevêché de Paris, en vue de faciliter le recrutement d’artistes musiciens des cultes compétents.

 

Art. 6.5 En dehors des fonctions définies par son contrat de travail, l’artiste musicien titulaire peut, en accord avec le  curé affectataire ou son représentant, contribuer par son art au rayonnement de la foi et de l’Eglise dans la paroisse où il exerce : auditions spécifiques pour les  grandes fêtes, concerts

 

Art. 7.4 L’organiste titulaire est responsable vis à vis du curé affectataire dont il détient cette charge, du bon état et de l’usage de son instrument … il veille à ce que l’entretien et l’accord de l’orgue soient assurés. Il signale au curé affectataire tout dommage et toute anomalie de fonctionnement dont il fait mention sur le cahier d’entretien. … L’organiste titulaire est responsable de la bonne tenue de la tribune … et il est consulté pour tout accès à l’orgue par un autre utilisateur.

 

Art. 7.5 Toute activité musicale extra liturgique concernant l’orgue (enregistrements, auditions, cours…) ne peuvent avoir lieu qu’après concertation entre le curé affectataire et l’organiste titulaire.

 

Art. 7.6 Dans le cas de restauration de l’orgue dont il est titulaire, l’organiste, en concertation avec le curé affectataire et la commission diocésaine est associé au projet et au suivi de son exécution.

 

Ces textes nous montrent clairement que l’organiste-conservateur évoqué et souhaité par Orgues Nouvelles existe déjà. Il ne s’appelle pas conservateur mais organiste titulaire. La loi, car la Convention collective a force de loi, lui reconnait des droits et lui rappelle ses devoirs.  Il ne faut pas confondre les cas particuliers, forcément anecdotiques, et la Loi qui est règle générale. Le curé affectataire ne peut s’interposer entre le propriétaire (Etat, commune ou association diocésaine) et l’organiste titulaire. Le curé comme tout patron a le droit et le devoir de choisir et d’embaucher l’organiste titulaire. Orgues nouvelles souhaite que ce soit l’Etat ou la collectivité, propriétaires des orgues lorsqu’elles sont antérieures à 1905 qui choisisse et nomme l’organiste-conservateur. Le fait de changer de patron garantirait une meilleure gestion ? Connaissez-vous  beaucoup de fonctionnaires  férus d’orgue et connaisseurs de l’instrument, de sa facture et de son fonctionnement…

 

Orgues nouvelles invoque la nécessité de la pratique des vertus chrétiennes de modestie, prudence et jusqu’à la charité de la part des patrons. Doit-on rappeler que ces vertus relèvent de la vie privée qui non seulement n’est pas de notre ressort mais surtout ne doit pas nous intéresser. L’exercice de notre métier d’organiste titulaire ne peut dépendre des vertus pratiquées par nos patrons.

 

Grâce au SNPAMC qui, au bout d’une dizaine d’années de travail, a obtenu la signature de la nouvelle Convention Collective signée le 9 décembre 2008 en présence du cardinal archevêque de Paris par les chanceliers des quatre diocèses de la Zone Apostolique de Paris et le représentant du SNPAMC, les conditions imposées à tous les responsables de paroisses, affectataires ou non dans le choix et l’embauche des organistes titulaires ont été bien définies. Les articles que je cite plus haut parlent de compétence, responsabilité, carte professionnelle, contrat de travail, concertation. Ce sont des mots clés qui doivent inspirer l’exercice de notre profession.

 

Lorsqu’il s’agit d’instruments de grande qualité répertoriés par l’Etat n’oublions pas qu’autant l’affectataire que l’organiste titulaire demeurent sous le contrôle des experts agréés par le propriétaire. Faudrait-il que le  technicien conseil missionné ponctuellement par le propriétaire lorsque des travaux sont envisagés, devienne fonctionnaire à temps plein rattaché à un ou plusieurs instruments ?

 

Lors des négociations de la nouvelle Convention collective nous avons décidé, l’archevêché et le SNPAMC que, dorénavant, il ne pourrait exister qu’un seul organiste titulaire. Lorsque les besoins imposent plusieurs organistes, ils ne seront plus co-titulaires mais adjoints au titulaire. (Article 4.3 de la nouvelle Convention). De la sorte on tarit une  source de conflits d’une part et de l’autre on génère une véritable responsabilité.

 

Où trouver des organistes compétents pour être nommés titulaires ? Les curés ont l’embarras du choix. Depuis l’an 2000 une centaine d’organistes ont passé l’examen et environ 50 organistes ont obtenu la Carte professionnelle. Ceux qui ont réussi ce passage ont démontré leurs compétences pour le service de la liturgie : harmonisation, transposition, improvisation sur les thèmes de chorals, de psaumes et du plain-chant, mais ils ont aussi montré leur maîtrise du grand répertoire car la dernière étape des épreuves comprend un récital d’environ trente minutes composé de trois pièces imposées : Bach, sûrement, les classiques français, l’orgue symphonique et une quatrième pièce tirée du répertoire contemporain au choix du candidat.

 

Force est de constater que la formation des organistes telle qu’elle est conçue par nos écoles de musique y compris les plus réputées n’est pas adapté au caractéristiques de la profession. L’organiste, plus qu’un « artiste » doit être un « artisan ». Dans le service de la liturgie il doit respirer musicalement l’esprit des cérémonies. Il doit aussi connaître les entrailles de son instrument, sa facture, ses qualités et ses défauts car chaque orgue lui-même est une œuvre d’art. Un orgue s’interprète, se sent, s’accepte. L’organiste doit tirer de lui le meilleur pour cheminer ensemble le sentier de la musique. L’organiste n’est pas un « pianiste » qui se montre. L’organiste reste caché pour ne montrer que l’essentiel, la musique par nature invisible aux yeux. L’orgue n’est pas un instrument quelconque que l’on utilise pour produire des sons. L’orgue est un partenaire qui a une personnalité. L’orgue ne se porte pas sous le bras. Pour le rencontrer il faut marcher et monter parfois très haut.

 

            A suivre…

                                                                                   Juan R. Biava

                                                           Titulaire des orgues de Saint-Pierre de Montmartre

                                                                        Président du SNPAMC

                                                             Membre de la Comission diocésaine des orgues

 

 

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