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La Musique dite profane à l’église

Défi à Musique sacrée aujourd’hui : enjeux sociaux et représentations sociales[1] : « Le sacré existe partout où l’homme le veut. Il n’est rien qui ne puisse en devenir le lieu, et ce qui est sacré peut toujours redevenir profane. La frontière constamment mobile, dépend du désir et du choix de l’homme »[2].

Etymologie

profanum (pro « devant », fanum « lieu consacré »), ce qui n’est pas adepte d’une religion ou d’une doctrine, n’appartient pas à un groupe initiatique, n’en connait pas la révélation fondatrice, n’est ni informé d’un fait ni d’une pratique, n'a aucun caractère sacré ou religieux, est hors d’un art ou d’une science, ignorant, incompétent, inexpérimenté, laïque, novice, païen, séculier. Alors musique profane… musique incompétente ? païenne ? séculière ?...

Référence du Magister

« Dans le sillage des enseignements de St Pie X et du concile Vatican II, il faut tout d’abord souligner que la musique destinée aux rites sacrés doit avoir comme point de référence la sainteté : de ce fait, celle-ci « sera d’autant plus sainte qu’elle sera en connexion plus étroite avec l’action liturgique »[3]. C’est  précisément pour cette raison que « non sans indistinction, tout ce qui est hors du temple (profanum) est capable d’en dépasser le seuil » affirmait avec sagesse mon vénéré prédécesseur Paul VI, en commentant un décret du concile de Trente[4] et il précisait que « si elle ne possède pas à la fois le sens de la prière, de la dignité et de la beauté, la musique- instrumentale et vocale- se barre elle-même l’entrée dans la sphère du sacré et du religieux ». D’autre part, la catégorie même de musique sacrée connait aujourd’hui un élargissement de sa signification allant jusqu’à inclure des répertoires qui ne peuvent pas entrer dans la célébration sans violer l’esprit et les normes de la Liturgie elle-même. »[5]

Musique qui convient ou non…

Aux vues de ces directives vaticanes, est-ce donner des œuvres de concert non conçues pour la liturgie en liturgies ? « Profaner, c’est restituer à l’usage commun ce qui a été séparé dans la sphère du sacré[6] ». Est-ce mettre un CD (commercial/séculier) en obsèques/mariages au lieu de musique vivante par des interprètes présents ? Est-ce employer une vocalité inadaptée détournant de la prière au lieu de la porter parce que trop laide, impropre, fausse… ou d’une beauté païenne, séductrice, narcissique… ? Serait-ce meubler de sons (bruits) la liturgie au lieu d’habiter l’espace-temps de prière ? Est-ce tout simplement ne pas respecter la congruence liturgique ?

Agnès MINIER


[1]Agnès MINIER, Musique sacrée aujourd’hui : enjeux sociaux et représentations sociales, Thèse soutenue le 22 mai 2006, Paris IV-Sorbonne. Diffusée par l’Atelier National de Reproduction des Thèses

[2] Michel MESLIN, L’expérience humaine du divin, Paris, P.U.F, Edition du Cerf, 1988, p.93

[3] Sacrosanctum Concilium, n.112

[4] Paul VI, Discours à l’Association Italienne Ste Cécile, 18 sept. 1968, Insegnamenti VI, 479

[5]Jean-Paul II, Chirographie du souverain pontife, Rome 22 nov.2003, centenaire du Motu Proprio

[6]Giorgio AGAMBEN né en 1942,philosophe italien tourné vers l'histoire des concepts, la philosophie médiévale, l'étude généalogique des catégories du droit et de la théologie

La Musique dite profane à l’église

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