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Hommage à Marie-Claire Alain par Philippe Sauvage

Marie-Claire-Alain-plus-pres-de-Bach article mainLe SNPAMC m'a demandé d'écrire quelques lignes sur la plus grande organiste française disparue le 26 février dernier au Pecq.

J'espère être digne de cet honneur en tant qu'ancien élève de Marie-Claire Alain.

Quatre points me viennent immédiatement à l'esprit :

Le renouveau :

Marie-Claire Alain est pour moi la personne qui a le plus œuvré à sortir l'orgue de ses ornières. À 12 ans, je l'ai entendue dans cette magnifique intégrale hebdomadaire du jeudi à Notre-Dame des Blancs-Manteaux, où elle magnifia totalement l'oeuvre d'orgue de Bach. On sortait d'années poussiéreuses où le jeu de l'orgue était souvent inexpressif : là je fus stupéfait d'entendre comment Marie-Claire Alain pouvait faire vivre un simple jeu de bourdon 8. Cela me remet en mémoire la  première intégrale Bach publiée en 1968 chez Erato : redécouverte complète d'une sonate en trio où l'articulation avait un sens très expressif associé à un don de coloriste extraordinaire sur l'orgue de Varde au Danemark. Et pourquoi un orgue danois ? Marie-Claire Alain répondait qu'en France les orgues étaient en trop mauvais état... Elle travailla d'arrache-pied pour remettre l'orgue français au niveau technique indispensable.

La concertiste :

Je l'ai connue en 1969 lors d'un concert «trompette et orgue» avec Maurice André sur un instrument très médiocre où je la rencontrai pour la première fois en lui tournant les pages ! Découverte exceptionnelle d'une très grande organiste qui savait rendre à merveille tous les répertoires et surtout donner l'illusion qu'un orgue sans intérêt devenait par magie le plus beau des instruments ! Sa mémoire immense lui permettait de partir au Japon sans partitions et lui donnait l'avantage de ne jamais être perturbée par le corps étranger du «papier» sur le pupitre. Merveilleuse tenue du corps sans aucun geste inutile et précision d'orfèvre dans le texte, le toucher et la registration.

L'enseignante :

Travailler avec Marie-Claire Alain était l'engagement de travailler beaucoup, de corriger immédiatement ses défauts, de mettre en oeuvre le phrasé proposé tout en gardant son style. La devise maîtresse de Marie-Claire Alain était «Sois toi-même»...Quoi de plus merveilleux qu'un maître qui vous ouvre des pistes sans jamais s'imposer ! Chaque élève devait travailler sa position face à la console pour ne plus être esclave de son corps. Répertoire immense étudié par les élèves avec chaque fois une science merveilleuse dispensée autour des musiques de chaque époque. Apprentissage très développé de la mémorisation afin de jouer complètement à l'intérieur de la musique. Un maître très exigeant mais toujours attentif et respectueux de chaque personnalité.

La personne :

Une femme aux qualités humaines exceptionnelles, attentive à chacun et à la difficulté du dur métier d'organiste. Un exemple : si un cours survenait le jour d'une prestation particulière pour un de ses élèves, elle disait : «je décale ton cours car il faut gagner sa «croûte». Moi aussi j'ai eu des débuts difficiles !». De même Marie-Claire Alain s'inquiétait toujours du devenir des ses élèves et c'est elle qui me poussa à postuler pour la succession de Loïc Mallié à Saint-Pierre de Neuilly.

J'ai noté aussi l'extrême chaleur de la maison «Alain» où il faisait toujours bon fêter quelque chose au champagne : je me souviens particulièrement du dernier récital de l'Avent que j'ai donné à Saint-Germain en 2009 où Marie-Claire Alain invita toute ma famille chez elle dans la bonne humeur et la gaieté.

Je vous souhaite, Marie-Claire, de continuer à nous émerveiller depuis le paradis où vous vous trouvez.

À Dieu !

Philippe SAUVAGE, organiste de Saint-Pierre de Neuilly et ancien élève de Marie-Claire Alain.

 

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