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Homélie pour les obsèques de Marie-Claire Alain

Homélie pour les obsèques de Marie-Claire Alain

« Un jour viendra où le Seigneur,
Le Dieu de l’Univers
Enlèvera le voile de deuil
Qui enveloppait tous les peuples »

Isaïe 25,6 et Jean 14, 1-6

Le prophète Isaïe annonçait le retour du peuple en terre d’Israël mais au-delà la destinée de chacun à connaître un bonheur qu’il compare lui-même à un festin sur une montagne. Ce jour là sera un jour de joie parfaite.

Et lorsque, dans l’Évangile, Jésus dit qu’il va nous y préparer une place, Thomas, en bonne logique, demande à savoir où aller pour connaître le chemin. Alors Jésus répond que c’est Lui, le chemin, la joie parfaite nous est déjà donnée. Il suffit d’être son compagnon sur ce chemin de joie parfaite.

La théologie de l’Eglise a formalisé cela quand elle enseigne que les repas eucharistiques aujourd’hui préfigurent le festin éternel. Nous communions par avance à l’éternité de Dieu, au festin éternel. La prophétie d’Isaïe commence tous les jours.

Comment ne pas traduire cela, aujourd’hui, en parlant de ma musique sacrée et de Marie Claire Alain maintenant qu’elle st plus près de Bach que lorsqu’elle l’interprétait ici.

La musique sacrée, elle aussi, par sa beauté même préfigure ce qu’est la louange éternelle que Dieu nous appelle à vivre. Elle est sacrement de al félicité éternelle. Les artistes, à leur manière, ne demandent pas à Dieu la partition parfaite pour la recopier. Ils écrivent et interprètent leurs œuvres comme des chemins qui nous rapprochent de ce que peut être l’accord parfait avec Dieu. Pour Marie-Claire Alain cela voulait aussi dire croissance spirituelle et charité.

Croissance spirituelle

L’alliance de l’Évangile et de l’art est, en effet, une invitation à pénétrer à la fois dans le mystère du Verbe incarné, le Christ, et en même temps dans le mystère de l’homme. Ainsi se vivent ce qu’on appelle des « moments de grâce ».

L’artiste divin transmet à certains une étincelle de sa grâce. Ces artistes humains sont appelés à partager sa puissance créatrice

Jean Paul II

Dans l’art, l’artiste trouve une dimension nouvelle de sa personne et sa vraie croissance spirituelle. De plus, il entraîne les autres dans la même démarche intérieure. Ainsi l’art qui est par nature une sorte d’appel au mystère peut devenir pour chacun une sorte d’épiphanie de la beauté de Dieu. Pouvoir ainsi communiquer ce mystère dans l’admiration des œuvres permet la croissance spirituelle de chacun.

Les élèves de Marie-Claire Alain pourraient témoigner de cela. Et ici, à Saint-Germain-en-Laye, nous l’avons expérimenté. Qui n’a pas en mémoire ses explications des concerts de l’Avent quand elle nous expliquait le mystère de Dieux en expliquant l’œuvre qu’un de ses élèves allait interpréter ensuite.

Elle nous a aidés dans notre croissance spirituelle, sur le chemin de la beauté de Dieu et de notre propre beauté intérieure.

Expression de la charité

La qualité d’une interprétation musicale ou d’une œuvre d’art n’est pas seulement le signe d’une recherche extérieure d’ordre esthétique, c’est aussi une recherche d’ordre spirituel et cela s’exprime dans la charité des artistes.

La musique et, en effet, un acte de confiance. Si les artistes peuvent interpréter une œuvre c’est qu’ils savent que celles et ceux qui viennent à l’entendre peuvent la comprendre ou tout au moins l’apprécier.

Cette complicité va plus loin que l’interprétation. C’est la vie la plus profonde de l’interprète qui rejoint la vie la plus secrète des auditeurs.

La vie de ces derniers est bien souvent sous des tensions liées à leur métier, leurs rencontres, les désespoirs du moment ou de leur humanité parfois désarticulée. La beauté d’une interprétation permet d’entrevoir que chacun peut être supérieur à sa condition du moment.

La charité du beau donne à regarder avec une autre lumière, donne à écouter avec une autre attention, donne à percevoir d’autres accords, donc à s’émerveiller d’autres profondeurs de ce qui fait vraiment vivre.

Parfois, il nous est donné de ne plus savoir l’espace d’un instant si c’est l’homme qui parle à Dieu ou Dieu qui parle à l’homme.

L’œuvre d’art s’inscrit alors comme action de charité par sa qualité même pour aider à vivre, parfois à survivre.

La charité est en effet de donner le meilleur de soi-même à l’autre et cela ne passera jamais

« Quand je parlerai en langues,
Celles des hommes et celles des anges,
S’il me manque l’amour
Je ne suis qu’un métal qui résonne,
une cymbale retentissante »

(1 Co 13,1)

rappelait l’apôtre Paul.

Qui n’a pas vu cette charité transparaître à travers l’artiste qu’était Marie-Claire Alain ?

J’ai personnellement pris conscience de cela quand je suis arrivé curé de cette paroisse, ignorant tout des compositions de son frère Jehan.

Alors, elle m’a proposé de m’initier à son œuvre. Elle m’a pris par la main pour me faire entrer dans le mystère créateur de l’œuvre de son frère. Depuis je ne cesse d’écouter ses Litanies.

Un jour viendra où le Seigneur, Dieu de l’Univers, enlèvera le voile de deuil qui enveloppait les peuples.

Cette prophétie d’Isaïe s’est révélée en Christ .Il nous mène lui-même dans le mystère du festin éternel.

Certains lèvent le voile pour nous faire percevoir que non seulement ce mystère se réalise déjà en nous mais qu’en plus, il nous mène plus loin que nous-mêmes

Marie-Claire Alain a été parmi nous l’interprète de Dieu.

Merci à elle et gloire à Dieu avec elle

Guy Cordonnier, 1er mars 2013

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