SNAPE

Bulletin n° 7. Avril 1967

 


Éditorial. Nos 10%

Éditorial. Nos 10% de A. Faverais, Président.

La tête et les jambes de J. Peyron.

Projet de A. Faverais.

Musicam Sacram.

 Éditorial

Nos 10%

             Il ne s'agit pas d'un slogan que je vous inviterais à ... répéter (?) au cours d'une descente de tous les artistes musiciens d'Église  vers l'Archevêché.

            Je rappelle seulement par là notre dernier bulletin, dans lequel je publiais un compte-rendu de l'entretien que nous avions eu avec Monsieur le Chancelier et au cours duquel nous nous étions mis d'accord pour l'octroi d'une augmentation de 10 % à la date du 1er janvier 1967 en attendant une revalorisation des cachets figurant à un barême reconnu trop parcimonieux.

            Monsieur le Chancelier,  à qui nous avons fait parvenir une édition du bulletin de novembre, m'écrivit depuis pour me prévenir que son intention, en acceptant ma proposition d'une augmentation provisionnelle et en avançant lui-même le début de l'année 1967 pour point de départ de cette opération, était subordonnée à une entente entre les Chanceliers des diocèses suburbains qu'il envisageait d'ailleurs de provoquer.

            En raison des impératifs qu'impose la constitution des nouveaux diocèses, le problème de nos salaires n'a pu être évoqué fermement qu'après la date prévue ; mais Monsieur le Chancelier avait déjà rassuré notre confrère, M. de Saint Jorre, chargé d'une démarche officielle à l'Archevêché, en lui annonçant que le principe d'une augmentation avait été accueilli de façon favorable par les représentants des autres diocèses.

            De toute façon, il convient de souligner que cette augmentation de 10 % tendait  à constituer un geste en attendant une refonte des traitements de fixe et de casuel, qui ne peut être entreprise qu'à la lumière des disponibilités budgétaires, celles-ci n'apparaissant qu'en fin du premier semestre de chaque année. Et cette refonte continue à être notre objectif, Monsieur le Chancelier ayant d'ailleurs constaté et admis volontiers que les tarifs actuels sont véritablement trop bas.

            Nous avons eu le plaisir de traiter ce problème avec nos confrères de l'U.M.C.O. et de l'Amicale des Chanteurs d'Église, et nous sommes convenus que chaque organisation apporterait le résultat de ses recherches et ses propositions. Une analyse des diverses positions doit permettre de constituer un document reflétant la pensée de tous et permettant, comme je l'écrivais il y a peu de temps à l'U.M.C.O., de parler à l'Archevêché un même langage après concertation préalable autour d'une même table.

            L'U.M.C.O. nous a fait part de ses propositions ; celles de notre Syndicat sont prêtes ; nous espérons que nos confrères de l'Amicale des Chanteurs vont bientôt nous adresser le fruit de leurs travaux.

            Et ensuite, nous demanderons à nouveau rendez-vous à Monsieur le Chancelier.

             Le Président, Albert FAVERAIS

La tête et les jambes

            Le Père Gelineau et le Père Deiss ont trouvé un défenseur. C'est Monsieur Longchampt, dans le journal Le Monde.

            Après avoir cependant avoué que ces Pères ont contre eux « les musiciens professionnels et les fidèles » (tout le monde, en somme !) notre journaliste voit en eux des « musiciens de transition », et pour l'heure les « meilleurs musiciens d'Église ». Ils seraient seulement victimes des « criailleries » des offices paroissiaux, comme l'aurait été le chant grégorien. Celui-ci, d'ailleurs, d'après Monsieur Longchampt, ne devrait pas sortir des monastères. Autant dire que la valeur et l'efficacité d'une musique ne tiennent qu’à l'interprétation qui en est donnée. Pourtant, nous l'avons tous éprouvé, la perfection fervente des chants bénédictins était un modèle exhaustif, mais n'enlevait pas aux maîtrises leurs mérites divers, et aux églises de campagne le parfum pieux d'un grégorien rudimentaire. Seulement, tentez l'expérience inverse : allez écouter le répertoire Gelineau dans son propre Solesmes, en l'église saint Ignace. Vous l'entendrez là dans les meilleures conditions. Pas une faute d'exécution, pas une tâche. Du goût et du recueillement. (Il y a même toujours une belle homélie). Mais vous sortez de là, après votre honnête et sincère attente, sans le moindre sel de prière sur les lèvres et dans le coeur. Et vous sentez que cela s'accompagne d'une autre absence : celle du plus petit moment de musicalité. Des intervalles mélodiques passe-partout se sont répétés dans une grande monotonie, mal accordés avec le sentiment des paroles et avec la simple prosodie. Pas de vitalité tonale ou modale, et pas un souffle originel. Constater cela, est-ce manquer de respect, de charité ou de considération envers le Père Gelineau ? Personne ne met en doute sa valeur d'intellectuel et de religieux. Il n'a pas l'invention musicale, voilà tout. Son défenseur du Monde fait honte aux musiciens professionnels de ne pas « retrousser leurs manches » comme lui. Rendons hommage, au contraire, à ces artistes qui respectent trop la liturgie pour l'altérer par leur précipitation ; qui ont l'humilité de trembler devant des chants à égaler, où des siècles charrient le génie, la foi et la sainteté ; et qui ont la modestie d'attendre l'heure du Saint-Esprit.

            Quant au Père Deiss, on a pu le voir sur le petit écran au cours d'une remarquable enquête de Bernard Gavoty. Le bon Père nous a fait entendre des disques où il chante sa musique. Sa satisfaction était touchante. S'il était musicien professionnel on aurait pu croire à de la vanité. Mais heureusement, on sent bien qu'il n'est pas professionnel.

            Nos deux Pères ont sans doute atteint l'humble ambition de Montaigne qui disait : « c'est assez d'un lecteur. » Ils ont assez d'un admirateur. Montaigne ajoutait : « c'est assez de pas un. » Il ne tient plus qu'à Monsieur Longchampt.

            D'ailleurs, ils sont déjà « dépassés ». Leur tête était ce qu'elle était : place aux jambes !

            Vous avez pu lire dans vos journaux habituels que le Saint-Père et le Vatican ont interdit les messes expérimentales et les messes en jazz. Eh bien, le dimanche qui a suivi la publication de cette nouvelle, le Curé d'une église de Paris a offert une messe en jazz à ses paroissiens. A la messe de 11h30, à la place de belles pièces d'orgue habituelles, il y eut ceci : un guitariste bien en vue dans le choeur. Derrière, une clarinette jouant des « chorus » de jazz, à côté du petit orgue qui imitait l'orgue de cinéma par le jeu de trémolo. Un prêtre en blanc battait des manches à contretemps, et un petit groupe de chantonneurs remplaçait la maîtrise de papa. Et c'est ainsi que les fidèles ont 'entendu' la messe, la messe en rythmes syncopés. Certains, dit-on, n'ont pas eu le coeur de s'approcher de la Communion, sur une telle marche. J'avais envie de crier de dégoût, mais j'ai craint d'ajouter le scandale à la profanation. Vous me direz que David a bien dansé devant l'arche ? Oui, mais ici, ce n'aurait pu être que Bébert ou Julot.

            Vous le voyez, chers Pères Gelineau et Deiss, vous êtes dépassés.

            « Vous chantiez, j'en suis fort aise, eh bien, dansez, maintenant ! »

P.S. : Surtout, ne jouons pas sur les mots. Les Negro Spirituals ou les mélodies « approuvées par le C.P.L. » empruntés par la messe incriminée, étaient mis à une sauce rythmique, harmonique et instrumentale qui en faisait une musique de dancing.

                                                                                   Joseph PEYRON

 Projet

            Les récentes nouvelles de Rome ont rappelé la place qui doit être faite au chant grégorien dans nos offices. Tous nos confrères s'en réjouiront.

            J'envisage de graver un ou plusieurs disques des plus belles pièces grégoriennes du répertoire, dont le bénéfice pécuniaire alimenterait la caisse du Syndicat, et dont le bénéfice intellectuel et culturel, social même, devrait s'étendre le plus loin possible.

            A cet effet, je demande à tous nos collègues chanteurs qui seraient volontaires pour assurer l'exécution de ce programme de se faire connaître d'urgence au Syndicat. Je voudrais une quarantaine de voix (mixtes, car c'est une hérésie de professer que le grégorien est une affaire exclusive de voix d'hommes). A tous ces volontaires, j'indiquerai le programme à lire en attendant les répétitions, qui seraient plus fructueuses après cette préparation.

            Les dates de réunion seraient fixées, compte tenu des disponibilités de chacun.

                                    Albert FAVERAIS

Musicam Sacram

             Il serait bon que les responsables de tribune connaissent et fassent connaître le texte de la dernière instruction de la Sacrée Congrégation des Rites Musicam Sacram (Documentation catholique du 19 III 1967, Bonne Presse). Il y est dit clairement l'importance de la chorale, dont il est question dans chaque article. Notre rôle à nous est de soutenir et aider cette chorale; et même – je cite :

« Article 21. Là où l'on manque de ressources pour constituer une chorale modeste, on pourvoira à ce qu'il y ait au moins un ou deux chantres suffisamment formés. »

« Article 22. Le groupe des chanteurs (schola cantorum) peut se composer suivant les usages de chaque pays et selon les autres circonstances, soit d'hommes et d'enfants, soit d'hommes seuls ou d'enfants seuls, soit d'hommes et de femmes... » et plus loin,

« Article 23. ... Chaque fois qu'une chorale comprend des femmes, elle sera placée en dehors du presbyterium. » Ceci pour répondres à certaines rumeurs tendant à faire croire que la voix féminine n'est point liturgique...!

            Nous relevons également dans ce document que les mariages sont au nombre des cérémonies, où le chant est recommandé pour une « plus grande efficacité pastorale. »  (Article 43)

            Pour justifier - s'il en était besoin - les commentaires de notre ami Joseph Peyron (écrits d'ailleurs bien avant la publication de Musicam Sacram, et que notre périodicité ne nous a pas permis de faire paraître plus tôt) il suffit de citer encore l'Article 60 :

            « ... On doit cependant éviter que, sous prétexte de tenter un essai, on ne fasse dans les églises des choses choquantes par rapport à la sainteté du lieu, à la dignité de l'action liturgique et à la piété des fidèles. »

            Quelle que soit notre place à la tribune, nous devrions tous prendre connaissance de ce texte essentiel, pour bien nous pénétrer de l'esprit dans lequel nous devons, pour notre travail, rester au service de notre art et de la religion.

N.B. : texte consultable sur http://www.ceremoniaire.net/pastorale1950/docs/musicam_sacram_1967.html#I

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