SNAPE

Bulletin n° 5. Mai 1966.

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Editorial. Chut !... de A. Faverais, Président.
Mise au point de H. Veysseyre, Secrétaire adjoint.
La musique sacrée et nous.
Musique et liturgie de J. Peyron.

 

 

Editorial

 

Chut !...

Parler pour ne rien dire peut fort bien être qu'un travers, tout au moins dans la mesure où on ne dit rien de mal.
Mais dire quelque chose dans le seul but de parler est souvent une faute, même si l'on n'a à dire que du bien.
Il est en effet des circonstances dans lesquelles, sans cesser d'agir, mais pour au contraire garder toutes ses chances d'efficacité, il est indispensable de travailler dans les profondeurs et leur silence plutôt que de lancer des déclarations qui, afin d'être spectaculaires, ont besoin de s'étaler inopportunément en surface.
Telle a été la position de notre syndicat au cours de l'exercice 1965, position de discrétion totale à laquelle, en pressentant la proche nécessité, j'avais préparé nos adhérents présents à l'assemblée générale de début 1965.
Je répète ce que je disais alors, qu'il s'agit uniquement d'une grande prudence dictée par mon expérience du syndicalisme. Apprendre quelque chose incite en effet presque toujours à en savoir plus long, et les réponses, si laconiques qu'elles puissent être, à des questions posées risquent de donner le départ à des interprétations susceptibles de gêner l'action, quand toutefois elles ne vont pas jusqu'à la desservir.
Cette étape a donc été marquée par de nombreux contacts avec les Directions du Travail et de la Main-d'œuvre, avec la Jurisprudence, la Magistrature, avec son Éminence le Cardinal personnellement. Il fallait non seulement trouver où le bât blesse, mais dénoncer la nature et la cause de ces blessures ; et on ne peut entreprendre ce dernier point qu'après s'être muni de toutes les certitudes et de toutes les preuves.
Notre Syndicat, né il y a bientôt vingt ans, a connu une croissance difficile et souffre d'avoir mal grandi. À la bonne volonté et à la loyauté de ses représentants d'alors, ont échappé le sens et la portée de termes juridiques et de restrictions plus subtiles, mais combien plus dangereux, que des apostrophes directes telles qu'en reçut le regretté Paul Diener venu traiter au Temporel d'un problème de salaire : « C'est un grand honneur que fait la Sainte Église à votre Syndicat que de condescendre à discuter avec vous de questions aussi basses ! » ...
Les Évêques ont certes voulu changer un tel climat ; et nous déplorons avec eux que la réussite sur ce point soit loin d'être totale. Il appartient notre Syndicat de les y aider sur son terrain, et nous n'avons pas l'intention de faillir à cette tâche.
Le Bureau syndical (dont deux membres : notre Vice-président et notre Secrétaire, Monsieur Souberbielle et Madame Culot, étaient constamment tenus au courant des démarches du Président) a été réuni la semaine dernière. Un compte rendu de cette activité lui a été fait. M. Veysseyre, Secrétaire adjoint, a résumé à l'intention de tous de façon parfaite ce qu'il a fort bien saisi de cette courte soirée.
Je pense être en mesure, après réception d'éléments de grande valeur d'information, de vous réunir en une Assemblée générale dont j'ai différé la convocation pour les raisons ci-dessus exposées et aussi pour me permettre de faire entièrement le point de notre deuxième étape.

Le Président, Albert FAVERAIS

Mise au point

Contrairement aux possibles déductions de nos membres, déductions fondées sur les apparences, notre Syndicat ne s'endort pas. Certains camarades ont parfaitement le droit de penser que rien ne s'y passe. Pourtant, s'ils se penchaient sur les problèmes que ce Syndicat est amené à résoudre, ils seraient rapidement convaincus que le bureau auquel ils ont donné leur confiance, et particulièrement Président et Secrétaire, mettent en œuvre les ressources dont ils disposent, pour faire face à la partie adverse.
En premier lieu, il serait vain d'établir une comparaison entre notre branche syndicale et d'autres masses. Les mouvements, qu'ils soient C.G.T., F.O. C.F.T.C., etc... ont, pour aboutir, nécessité des années de formation, et des années pour établir leurs revendications. Or, au départ, ils savaient très bien ce qu'ils avaient la charge de défendre. Ils avaient à traiter de cas généraux, bien établis, s'adressant à des catégories bien déterminées, et se heurtant à des adversaires non moins classifiés.
Or, dans notre profession (on devrait pouvoir dire : notre art), rien de semblable, ni d'un côté ni de l'autre de la « barrière ». Les membres de notre Syndicat représentent, au départ, une fraction de l'ensemble des chanteurs et organistes, alors que tous devraient y être groupés. Leur lieu de travail, leurs horaires, leur tâche elle-même ne sont nullement identiques. J'ajouterai, pour être franc, que leurs qualités professionnelles ne le sont pas non plus : c'est un état de fait que nul n'ignore. Qu'importe, le rôle du Syndicat est de défendre, actuellement du moins, l'ensemble de ces artistes, les moins doués comme les meilleurs, au regard de leurs employeurs.
Qui sont ces employeurs ? Là réside le gros problème, et il faudra du temps pour éclaircir juridiquement ce point, tant sur le plan des présumés-patrons entre eux que sur le plan de ces dits patrons face à la législation en vigueur. Les choses ne se font pas et ne se défont pas selon la manière préconisée par certains adhérents. Ceux-ci, pleins de fougue, partent en guerre sans armes, animés d'un feu vengeur : à l'exemple du plombier installé devant son cinquième Pernod, tel Superman déclare qu'« il sait bien ce qu'il ferait, s'il était à leur place... ». Leur place ? Mais c'est la nôtre. Et non seulement celle des membres du Bureau, mais aussi celle de chacun d'entre nous, si étrange que puisse paraître cette affirmation. Ce qui fait la force d'un groupement, c'est son unité de pensée, avant toute chose. En est-il de même au sein de notre Syndicat ? La réponse se trouve dans des réflexions de ce genre : « ... syndicat fantôme..., ... ne font rien..., ... vais démissionner... etc. »
Il est bien entendu qu'il existe, envers nos employeurs, et pour certains cas très précis, un moyen de pression légal qui peut revêtir plusieurs aspects, mais nos adhérents seraient les premiers à nous en reprocher l'emploi : les prolongements de ce genre d'éclats risqueraient d'être pour tous catastrophiques. Il n'en subsiste pas moins que ce genre de mesures peut être appliqué par le seul pouvoir d'un Syndicat. Et, qu'on le veuille ou non, l'étiquette Syndicat possédera toujours plus de poids que toute autre association puisque seul, il peut aller en justice.
Or, il faut bien souligner à nouveau qu'on ne manie pas le clergé comme un patronat ordinaire, cela chacun le sait, mais parfois chacun l'oublie. Ce que les syndiqués - et les autres - ignorent, c'est à quoi obéit l'Organisation du Temporel, à quelles démarches elle peut se montrer favorable, à quelle tentative elle est hostile et à quelles répercussions immédiates ou futures une démarche peut aboutir. Il est évident que pour lancer une action, il faut de la réflexion, mais marcher sur la pointe des pieds ne signifie pas que l'on ne puisse pas faire des kilomètres...
Cette tâche de sondages constants s'appuie sur des faits, ces faits constituent un dossier, et ce dossier permet d'autres tentatives mieux étayées par l'expérience précédente. Songez au déploiement de diplomatie, à la persévérance indispensable, à la fermeté montrée au bon moment, et n'accusez pas votre Syndicat d'être « long » ! Pour mal informés que vous vous pensiez, convenez que le Bureau ne peut décider d'une assemblée générale à chaque petit résultat obtenu, positif ou négatif. Car nous obtenons des résultats, ce ne sont pas là des mots ; il faut bien en passer par là, patiemment, pour que les futures démarches ne s'appuient pas sur du vent. Et votre Syndicat sait mieux que vous de quelle manière atteindre les objectifs, puisqu'il se donne le mal de préparer le terrain.
Il ne faut pas oublier non plus que le Syndicat n'a que peu d'existence, si on l'oppose aux vingt et quelques années de silence qui l'ont précédé. Pendant ces périodes d'obscurantisme, l'incompétence flagrante de certaines tribunes a suscité un état de choses tel que le clergé a profité des nouvelles dispositions pour vider l'abcès. Il serait donc grotesque de vouloir en deux ans, réparer les dégâts accumulés durant plus de vingt ans !
Bien entendu, il est facile de dire à tous : « Confiance ». Permettez-moi de dire sans acrimonie aucune, que nous avons affaire à une large majorité de Saint-Thomas, qui loin de nous encourager, semble se désintéresser de nos efforts. Je voudrais rappeler qu'il n'est pas indispensable d'être du Bureau pour militer. Chacun, dans son secteur, agit-il comme tel ? Je veux dire par là que, consciemment ou non, certains de nos adhérents détruisent par leur attitude ou leur manière d'exercer leur activité, le début de défense et de coordination auquel tend le syndicat, à grand-peine !
Rien ne se fait facilement dans ce domaine, où tant d'intérêts divers sont en jeu. Mais nous « faisons » quelque chose, depuis les dernières nouvelles qui vous sont parvenues. Nous désirons simplement en taire (momentanément) les modalités, leur répercussion ou leur aboutissement... A-t-on jamais annoncé une naissance lors du sixième mois de gestation ?
Il y aurait encore beaucoup à dire pour éclairer la lanterne de ce groupe complexe, dont les points de vue diffèrent considérablement selon l'individu et qui inclut les chanteurs et les organistes et maîtres de chapelle, en essayant de leur faire comprendre leur seul intérêt dans ses multiples aspects, et les non moins multiples problèmes que déclenche leur défense !
Appartenir à un Syndicat, cela entraîne des devoirs, ne serait-ce que la ponctualité de la cotisation, même si chez certains esprits pessimistes, cette cotisation ne paraît pas justifiée par les résultats obtenus ! En dernier ressort, si ce syndicat était voué à l'échec, nous serions en droit de nous demander pourquoi certains grands noms de la profession viennent d'y adhérer !
Renseignez vous, chers amis, avant de conclure trop hâtivement... Il faut du temps pour les résultats. Cela non à cause de ce Bureau vis-à-vis duquel vous risquez une attitude injuste si vous vous faites une opinion sans savoir de quoi vous parlez, mais parce que nous évoluons en plein domaine des paraboles : vous êtes bien placés pour le savoir ! Vous renseigner auprès de nous est un droit absolu, mais aussi un devoir. Si la réponse doit demeurer secrète pour le moment, nous vous en donnerons les raisons, mais je suis persuadé que certains faits vous étonneront.
Une seule condition : frappez à la bonne porte ! Vous avez vos représentants pour ce faire : ils ont gardé, eux, toute leur confiance, malgré le temps qui s'écoule, et ils travaillent, croyez-le !

Le Secrétaire adjoint, Henri VEYSSEYRE

La musique sacrée et nous

À la sacristie on pense « paroles ». À la tribune on pense « musique et paroles ». Le prêtre, dans sa bonne volonté, choisit pour chaque instant liturgique une traduction souvent excellente qu'il anime, faute de mieux, d'une mélopée presque toujours médiocre. À la tribune, contemplant d'un regard nostalgique les 800 se recouvrir de poussière plus épaisse d'un dimanche à l'autre, nous retenons mal notre dépit, notre juste colère souvent.
Le malaise tient en deux termes : Paroles - Mélodie. Problème vieux comme la musique, que seul notre 800 avait résolu dans une rare plénitude.
Dans le désarroi actuel, foisonnent les expériences, dont nos offices paroissiaux font malheureusement les frais. L.J. Rondeleux, dans les « 4 saisons du théâtre et de la musique » de décembre 65, après une bonne analyse de la difficulté, propose une solution que J. Peyron n'approuve pas entièrement.

Musique et liturgie

Mon excellent camarade Louis-Jacques Rondeleux, dont tout le monde estime le talent et la personnalité, a donné aux « 4 saisons du théâtre et de la musique » un article très intéressant sur les rapports de la musique et de la liturgie. On ne peut que le féliciter de présenter aussi bien le problème, dût-on s'étonner de la solution qu'il propose. Son attachement naturel au chant grégorien témoigne de son goût et de sa formation religieuse ; et l'on se plaît à lire que, s'il s'est détaché de l'art des neumes, ce n'est pas de lui-même, mais parce que son curé, en toute bonne foi, l'a induit en cette tentation.
Que lui a dit son curé pour emporter sa conviction ? - Lisons : « Son argument était le suivant : bientôt nous allons avoir une liturgie en français ; que faire pour avoir une musique qui porte ces textes ? » - À notre tour, nous questionnons : cet impératif d'une liturgie en français, quels documents l'imposent ou le justifient ? Sûrement pas la Constitution du Concile qui, renforcée par l'Ordonnance des Évêques, ne fait qu'autoriser l'usage des langues nationales, et proclame la primauté du latin et du grégorien, langue et musique de l'Église (Art. 36.54.116). Alors pourquoi cette hâte vers l'aventure ? Oui, l'aventure. Car, notre ami Rondeleux reconnaît que « le sort de la liturgie dépend de la musique » et que pour l'heure c'est un bien mauvais sort : « Si la musique est plate, écrit-il, commune, quelconque, si habilement qu'elle soit faite, elle ne peut d'aucune manière servir le texte ; bien au contraire, elle lui enlève toutes ses résonances intérieures ; elle l'avilit, elle le tue, si beau soit-il » - On ne saurait mieux dire, et l'on ne saurait mieux faire le procès d'une réforme que l'on prétend soutenir. Aucune musique acceptable n'étant venue à la rencontre des textes eux-mêmes contestés, notre ami fait appel à des musiciens renommés. Pourtant il sait bien que le génie ne vient pas sur commande, et que l'Esprit souffle où il veut. Les mélodies grégoriennes ont reçu leur inspiration dans l'ombre de l'humilité et de la sainteté ; les siècles en ont retenu les plus grands souffles, les expressions les plus vraies et les plus religieuses, celles qui ont une résonance d'éternité. Devant ce monument humain, séculaire et comme divin, on comprend que les musiciens suscités pour le remplacer se sentent pris de timidité et de vertige.
En attendant, la solution la plus sage ne serait-elle pas de maintenir l'usage du grégorien et, quand on dit la messe en français, de la dire, mais ne la chanter pas ?
Pour finir, je voudrais adresser une supplique à mon ami et confrère. Je sais qu'il est très épris d'idées sociales et qu'il se dévoue généreusement. N'a-t-il jamais été bouleversé par le sort de tels musiciens et chanteurs d'Église que les nouvelles dispositions ont réduits à la gêne, peut-être la misère ? Puisqu'il vit dans la confidence d'ecclésiastiques importants, puisqu'il peut s'exprimer dans la presse (et il le fait avec une séduisante autorité) ne pourrait-il attirer l'attention des hommes de la Charité sur les détresses qu'ils ont provoquées sans s'en rendre compte ?
« Avilissement » de l'Art Sacré et misère des artisans : voilà, pour nous artistes et chrétiens, de quoi nous empêcher de dormir. Le goût et le cœur de Rondeleux et de son curé ne peuvent les laisser plus que nous en repos.

Joseph PEYRON

« Aux yeux d'un croyant, le sous-emploi sous toutes ses formes est un scandale. »
(Réflexions de l'Épiscopat français sur la situation économique et sociale actuelle.)
Février-mars 1966

Dans combien de paroisses parisiennes se conforme-t-on aux instructions du 5 novembre 1962 de S.E. le Cardinal Feltin ?
- Article 1 - ...cérémonie digne et accueillante, dite cérémonie paroissiale avec 2, 3 ou 4 chanteurs.
- Article 2 - ...seront les mêmes dans tout le diocèse.
- Article 3 - ...participation musicale propre à en assurer la dignité et le caractère religieux.

Vous avez certainement compris que notre syndicat ne peut se passer de votre adhésion effective,
c'est-à-dire du versement de votre cotisation (30 francs par an - Retraités : 15 francs). Si, par une négligence bien excusable, vous n'êtes pas en règle avec notre trésorerie, vous pouvez verser cette somme directement à notre dévoué trésorier : André Danjou ou faire un virement.

Isolés, non-syndiqués !
Vous ne pouvez guère vous défendre seuls
et la profession a besoin de tous pour sa défense.

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