SNAPE

Bulletin n° 4. Septembre 1965

archives-Editorial. C.F.T.C. de A. Faverais, Président

Compte-rendu d’activité de M. Culot-Debray, Secrétaire

Autour d’un procès de A. Faverais

Œil simple de E. Souberbielle

 

Editorial

 

C.F.T.C.

 

Novembre 1963 : renaissance de notre Syndicat. Une grande foi dans les possibilités d'un regroupement, conforme aux vues de combien de princes de l'Église ; prise de conscience des responsabilités d'une telle décision ; détermination d'oeuvrer dans le sens d'une doctrine qui depuis bientôt deux mille ans transforme le monde.

Novembre 1964 : notre association, comme toutes les autres, est invitée à renier un drapeau et jusqu'à son nom ; les statuts qu'on lui propose sont une sorte d'apostasie. Le Conseil syndical se refuse à suivre une majorité qui veut substituer une déviation à la route choisie par nous, et l'Assemblée générale ratifie la position de ses responsables à l'unanimité des suffrages exprimés (2 bulletins blancs).

Quoiqu'il en puisse paraître, la formation de la C.F.D.T. ne constitue pas une révolution subite ; elle a été longuement préparée, et elle est le fait d'insinuations sournoises et pernicieuses d'éléments d'origine politique et athée dont on ne peut douter.

Une attaque directe étant vouée à l'échec, et la fusion des grandes centrales ne pouvant se faire que sous l'égide d'une seule d'entre elles et par conséquent devant être refusé par les autres, il était prudent de persuader d'abord les Travailleurs Chrétiens de la nécessité d'abattre cet écran que constituait leur doctrine entre leur Confédération et les incroyants ou les indifférents, « qui ne pouvaient qu'hésiter à rejoindre leurs rangs ».

Pourtant, que de travailleurs qui ignorent l'Église ou toute religion, que de salariés venus de confessions diverses étaient inscrits dans les syndicats CFTC précisément parce que la doctrine chrétienne leur paraissait une garantie de sincérité, d'indépendance, donc de solidité. N'est-ce pas aussi, mes chers confrères, cette dernière considération qui guida notre choix en 1963 et qui motiva notre fermeté (certains diraient : notre entêtement) au début de cette année 1965 ?

Déjà président d'un syndicat CFTC en 1949, combien de fois ne fus-je pas sollicité instamment pour tendre vers un organisme unique « qui aurait plus de poids ». J'accepterai toujours de travailler en commun avec les autres syndicats, mais sur des points précis et, après étude de chaque point particulier, en utilisant des moyens déterminés en commun.

Évidemment ce n'était pas suffisant pour tout le monde, bien que certains aient pu trouver alors que je m'aventurais un peu loin. Et je constatais déjà l'infiltration dans la CFTC de quelques éléments politiquement marqués qui, une fois dans la troupe, ont rempli leur mission destructrice de l'idéal CFTC. Et combien efficace un tel travail de la part de ces sapeurs quand, remarqués pour l'intensité de leur zèle à la cause syndicale, ils se voyaient confier des postes de responsabilité.

Croyez-moi, mes chers confrères, l'évolution à laquelle nous avons été invités est le fruit d'un travail d'origine politique et constitue une grande épreuve pour le syndicalisme. Elle est du même ordre que les pressions exercées sur le monde catholique, clergé et fidèles, pour inciter à ne suivre Rome que lentement avant de convier à faire route tout seul.

Doit-on conclure une mauvaise foi générale ? Loin de là ; je puis même affirmer, les lettres qui me sollicitent en témoignent, que la sincérité anime la plupart de nos camarades séparés. Et qui songerait à leur adresser quelque reproche, où la vérité leur a été cachée ?

Je le sais, certains autres, ne pouvant se contenter de regretter notre refus, prétendent fustiger notre attitude parfois en des termes tels que nous ne pouvons que les féliciter d'avoir abandonné un drapeau qui serait déplacé entre leurs mains. Mais je conteste à quiconque le droit de nous interdire de relever avec ceux qui en ont le courage ce même étendard choisi une fois pour toutes.

Attitude d'enfants de choeur ? m'a-t-on écrit. Que non ; nous n'avons pas pour autant décidé de commencer désormais à répondre « amen » à toute proposition. Nous nous sommes toujours réservé d'examiner d'abord, de répondre ensuite. À une première période d'adaptation et de reconstitution a succédé une phase d'organisation et d'avertissements. Celle-ci elle-même est maintenant révolue pour faire place à l'action. Intelligenti pauca. Faut-il traduire ? Qui sait ? Alors « à bon entendeur, salut ».

Cela aussi s'inscrit dans la doctrine de notre CFTC.

 

Le Président, Albert Faverais

 

Compte-rendu d'activité

 

Le 14 janvier 1965 s'est tenue notre assemblée générale, dont vous aviez reçu l'ordre du jour.

 

1 - Rapport moral pour l'année écoulée

 

Le Bureau s'est efforcé de régler au mieux dans le respect des droits individuels et de la qualité du travail divers litiges qui lui ont été présentés, arbitrant des différends opposant curés de paroisse et musiciens. Il est entré en contact avec divers organismes liés à la profession, certains services du Ministère du Travail, de la Sécurité Sociale, des caisses de retraite.

Le Bureau s'est présenté à Son Éminence le Cardinal Feltin, l'Archevêque de Paris restant notre employeur principal - Relations tendues avec certains services de l'Archevêché, qui ne donnent pas de réponse à nos demandes réitérées - Par contre beaucoup plus de cordialité en Seine-et-Oise. Mais le service du Temporel de Versailles tient compte des décisions de Paris et y adapte les siennes.

Après quelques questions, le rapport moral est approuvé à main levée.

 

2 - Rapport financier

 

Simple, clair et positif. L'actif ne venant que des cotisations, nos finances sont saines, mais loin d'être florissantes. Rapport approuvé.

 

3 - CFTC – CFDT

 

Le Président expose les faits, sans les développer, demandant que chacun donne son avis, se réservant de parler le dernier pour n'influencer personne. Ont donc été entendus Messieurs Bidault, Léonard, Prim, Chrétien, Prigent, Souchal, Deshayes. Le Président enfin a donné son point de vue.

Il fut convenu que, quelle que soit l'option prise, il ne pouvait être question de division au sein du SNPAMC. Le vote secret ayant été demandé, c'est de cette manière que notre décision fut prise.

 

4 - Convention collective

 

L'élaboration de celle-ci reste la tâche première du Syndicat. Le Président énumère ses multiples démarches auprès des services intéressés dont il a peu ou pas de réponse. De ces démarches il lit le compte rendu qu'il a fait à Son Éminence, qui nous les avait conseillées, et qui peut-être n'est pas tenue au courant. Ce compte rendu précis, que M. Faverais  a adressé au Cardinal, retrace en somme tout notre programme. Si nous avons tant patienté, c'est pour bien marquer notre déférence à notre principal employeur. Mais maintenant, devant la mauvaise volonté évidente de certains services, nous devons agir.

Le Président termine en appelant à l'union de tous (applaudissements)

 

On passe aux affaires diverses. Le Bureau prend note des desiderata de chacun.

 

Depuis cette assemblée, des litiges ont été réglés par le Syndicat, dont un devant les tribunaux (cf. Autour d'un procès). Alors que les rapports restent difficiles avec le Temporel, le Syndicat a été mieux considéré par le Consistoire Israélite où il a obtenu gain de cause au sujet d'une augmentation de tarifs. Nous remercions spécialement M. Algazi de son obligeance dans cette affaire. (À titre d'indication, le tarif choeur passe de 13 fr. à 16 fr. l'heure. Nous espérons obtenir l'alignement des quarts d'heure supplémentaires sur le nouveau tarif.)

 

La Secrétaire, Marie Culot-Debray

 

Autour d'un procès

 

À la suite du renvoi d'un chanteur titulaire, le Syndicat est intervenu auprès du maître de chapelle pour connaître son sentiment et proposer ses offres de médiation.

L'entretien a fait ressortir qu'il y avait bien eu faute matérielle de la part du chanteur, mais que le congé n'avait pas été accompagné des indemnités habituelles. Le principe de l'attribution éventuelle de telles indemnités ne fut pas repoussé par le maître de chapelle, qui déclara vouloir se munir à ce sujet de toutes les garanties souhaitables. Mais il ne fut pas suivi dans cette voie par le curé de la paroisse, qui fut assigné par le chanteur devant le Tribunal d'instance.

Une première instance, dont la présentation faisait de notre syndiqué une partie juridique unique dans l'affaire, ne pouvait de ce fait être acceptable. Elle fut repoussée par le Tribunal et laissée à la charge de celui qu'il avait introduite.

Soucieux de protéger les intérêts de l'un de ses membres, le Syndicat est intervenu pour la présentation d'une deuxième instance, dans laquelle s'exprimaient des prétentions moins importantes, mais conformes aux dispositions de documents solides les accompagnant, le tout dans la forme requise permettant au Tribunal d'examiner et de statuer sur le fond.

De la grosse du jugement en ma possession, il apparaît que « le Tribunal condamne (Monsieur l'abbé) X... à verser à (Monsieur) Y..., sous astreinte de (une indemnité par jour de retard) et dit que ...» (suivent les obligations du Curé).

Si on veut absolument soutenir que notre syndiqué n'a pas obtenu tout ce qu'il demandait, on ne doit pas cacher que ce « tout » était exposé dans la première instance, irrecevable ; d'ailleurs, le fait de ne pas obtenir la totalité de ses prétentions ne signifie pas un désaveu du Tribunal, le seul fait d'obtenir quelque chose impliquant la reconnaissance par ce Tribunal d'une injustice et d'un préjudice.

À noter que la moitié des frais de la deuxième instance incombe, de par le jugement, au chanteur. Le Tribunal a donc bien estimé (comme d'ailleurs notre musicien reconnu et a tenté de le justifier) qu'il y avait faute initiale du chanteur, et qu'en conséquence celui-ci avait dans l'affaire une part de responsabilité, laquelle toutefois « ne provenait ni de la mauvaise volonté ni même d'une indifférence envers les devoirs professionnels, mais d'une erreur dans l'estimation qui lui incombait du temps dont il avait besoin pour aller ...etc », en déclarant que « cette faute ne suffit pas à le priver de son droit à un préavis ».

La tentative de conciliation, non rejetée par le maître de chapelle, mais refusée par le curé, n'avait d'autre but que d'éviter l'arbitrage d'un Tribunal. Mais le Syndicat ne saurait faillir à son devoir.

Albert Faverais

 

Oeil simple

 

Il est temps, après de nombreux mois d'innovations liturgiques, de porter un regard rétrospectif sur les expériences faites et sur les réactions qu'elles ont provoquées.

Il est incontestable que beaucoup d'esprits sont troublés. Ils sont troublés, non pas seulement parce qu'ils se sentent blessés, mais parce qu'ils se sentent trompés.

La révolution liturgique que dans beaucoup de paroisses on leur présente comme une exigence de l'Église, n'est pas conforme aux termes de la Constitution Conciliaire, ni aux ordonnances de leurs évêques.

Ils ont lu, en effet, dans le texte du Concile, à l'article 114, que « Le trésor de la musique sacrée sera conservé et cultivé avec le plus grand soin », et ils constatent tous les jours qu'il est oublié et abandonné, que la polyphonie autant que le plain-chant disparaît de leurs églises.

Ils ont lu aussi, à l'article 36, que « la langue latine sera conservée dans les rites latins » et, à l'article 54, que « les fidèles doivent chanter en langue latine les parties de l'Ordinaire qui leur reviennent », mais ils entendent dans beaucoup d'églises des offices entiers où l'on ne chante pas un mot de latin.

L'article 116 leur proclame que « le chant grégorien est reconnu comme chant propre de l'Église latine », mais ils assistent dans bien des paroisses, à des messes chantées qui excluent complètement le chant grégorien, ou encore, ce qui est pire, le réduisent à quelques récitatifs embryonnaires et invariables, comme le Sanctus et l'Agnus XVIII, ce qui équivaut à l'éliminer en feignant de le conserver.

Ils ont lu dans une ordonnance des évêques que la grand-messe « est recommandée comme la forme la plus parfaite de la prière chantée », mais ils ont lu d'autre part dans le journal - La Croix - qu'elle doit être considérée comme « un mur à abattre » ; de fait, de nombreuses paroisses l'ont supprimée et ont remplacé leurs chants par des cantiques ; d'autres ont introduit le chant dans toutes les autres messes afin de faire tomber la grand-messe en désuétude et de se délivrer de ses règles.

On leur parle aussi, très souvent, d'obéissance. Mais ceux qui invoquent cette vertu sont ceux-là mêmes qui ont longtemps donné l'exemple de l'indiscipline. Car, anticiper un ordre quand l'ordre contraire est en vigueur, c'est proprement désobéir. Lorsque d'ultérieures autorisations sont venues régulariser certaines de leurs pratiques, elles n'ont pas pour autant absous l'indiscipline ni encouragé de nouvelles initiatives. On ne s'étonne pas que d'autres innovations aient suivi, car ce qui a commencé dans l'anarchie continue naturellement dans l'anarchie, mais on se demande comment finira un jour cette lutte de vitesse avec le Saint Siège.

Les textes officiels proposent aussi aux fidèles une distinction formelle entre l'ordre et la permission. Ils leur font remarquer que ce qui est « autorisé » n'est pas « prescrit ». Cependant on leur présente toujours les choses autorisées comme obligatoires.

Ce comportement d'une grande partie du clergé révèle assurément une dualité. Il y a présentement dans l'Église deux courants, que des ambiguïtés de langage tentent de confondre, mais qui sont différents et souvent contradictoires : le courant officiel, qui émane du Saint Siège, et un courant officieux dont la source est inconnue. Le premier s'exprime par des actes publics, le second par des consignes secrètes.

Il est urgent de rappeler que l'Église n'est pas une société occulte. Elle n'a qu'un seul visage et qu'une seule parole. Sa voix authentique est toujours simple et sans équivoque. « La foi parle simplement », disait Bossuet aux protestants de son temps. Le besoin de simplicité est commun au bon sens populaire et à la théologie. « Si ton oeil est simple », est-il dit dans Saint Mathieu, « tout ton corps sera éclairé ». Le clergé est l'oeil de l'Église. Quand cet oeil est double, le corps n'est plus dans la lumière, et c'est la cause de tous nos troubles.

Syndicat chrétien d'artistes serviteurs de la liturgie, nous dénonçons la duplicité des idéologies qui, au mépris des textes pontificaux et conciliaires, prétendent suivre le Pape et le Concile en bannissant l'art du culte catholique et en réduisant l'Église, qui doit, selon Saint Pie X, prier sur de la beauté, à prier aujourd'hui sur de la niaiserie. Nous déclarons une fois de plus que nous écoutons exclusivement la voix authentique de l'Église, celle qui est pure et sans contradictions et que nous nous détournons des courants officieux, ouverts à toutes les influences, et par où s'insinuent les pires dangers.

C'est le seul gage de clarté et de confiance pour les fidèles et le premier moyen, pour les musiciens catholiques que nous représentons, de défendre le patrimoine musical que l'Église nous recommande de conserver.

 

Édouard Souberbielle

 

Un syndicat défend les intérêts de tous les membres d’une profession.

Il défend aussi la profession elle-même.

Le SNPAMC met aussi sa compétence au service de l'Église. Syndiquez-vous !

 

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