SNAPE

A quand les robots à prière … ?

musique enregistreeVoici une anecdote que j’ai vécue en venant remplacer à l’orgue pour un enterrement dans une grande paroisse parisienne (que je refuse de nommer).

 

A mon arrivée, le sacristain m’a annoncé qu’il n’y aurait pas grand chose à faire car il y avait des enregistrements prévus. Le prêtre m’a alors informé des chants que j’avais à accompagner. Je me suis permis une petite ironie en lui demandant si les lectures étaient elles aussi préenregistrées, ou bien si quelqu’un devait les lire … ! Plus professionnellement, tout en sachant qu’il n’y avait pas d’eucharistie, je me suis préoccupé de savoir s’il fallait prévoir un kyrie (cela se fait dans beaucoup d’endroits). A cela je me suis fait répondre de façon quasi-magistrale « Non, quand il n’y a pas d’eucharistie il n’y a pas de Kyrie ». Cette phrase dont j’ai pris acte a pris tout son sens quand j’ai entendu, en disque après l’homélie, le Sanctus du Requiem de Fauré !! Dois-je en déduire que, quand il n’y a pas de messe, il n’y a certes pas de kyrie mais il y a un Sanctus ?? 

 

La paroisse dans laquelle s’est passé cette petite histoire fait partie de celles qui, jadis, n’hésitaient pas à engager douze chantres pour exécuter le Requiem de Fauré lors d’un convoi. Elles ont mis fin à cette pratique au nom de la « participation active de l’assemblée ». C’est souvent au nom de cette notion que la musique sacrée, pourtant décrite par le Concile de Vatican II comme un « trésor inestimable », a été mise à l’écart des liturgies dominicales. Ces mêmes paroisses acceptent aujourd’hui d’intégrer dans une liturgie d’obsèques « l’écoute passive d’une musique enregistrée ». 

Une fois pour toutes, un appareil de reproduction sonore ne peut poser un acte liturgique ! Ou alors, à quand les robots à prière ? Que penseriez-vous d’un robot pour dire des chapelets, faire un salut du Saint Sacrement ou que sais-je encore … ? Non, je vous rassure, je crois encore que nous, chantres et organistes, pauvres pécheurs que nous sommes, demeurons malgré tout plus pieux et plus dignes qu’un lecteur cd ! … même si nous ne sommes pas bénévoles … !

 

Malgré ce petit « coup de gueule » il faut être conscient des difficultés rencontrées par le clergé face aux familles souvent hostiles. C’est pourquoi il serait peut-être intéressant d’élaborer un texte commun expliquant de façon diplomate mais claire le non-sens que représente la musique enregistrée dans la liturgie. Il pourrait être distribué à tout ceux qui ne sont pas favorables à cette pratique mais ne savent pas toujours comment l’exprimer ou doivent faire face à des négociations difficiles.

 

Enfin n’oublions pas les nombreuses paroisses et les nombreux prêtres qui tiennent bon et refusent les enregistrements. Qu’ils soient ici félicités pour leur courage.

 

Eric Leroy

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