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Témoignage après le colloque de Tours

Témoignage après le colloque de Tours

(par Isabelle Fontaine)

Nous étions une centaine de participants au colloque national "Chant liturgique et nouvelle évangélisation" organisé par le SNPLS (service national de pastorale liturgique et sacramentelle) et l'ANCOLI (association nationale des chorales liturgiques) qui s'est tenu samedi 9 et dimanche 10 novembre à Tours :

une grande diversité d'âges, de provenances (quasiment toutes les "provinces ecclésiastiques" étaient représentées) et de responsabilités ... des responsables nationaux et diocésains de musique liturgique, des historiens, liturgistes et musicologues, des organistes, des compositeurs, des chefs de chœur, des chantres-animateurs ou "simples" choristes ..., des professionnels ou des amateurs, des prêtres, diacres ou laïcs, hommes et femmes ...

Durant ces 2 jours : des apports de spécialistes, des témoignages, des temps d'échange et de réflexion en atelier, des temps de chant (nous formions une immense chorale capable de chanter directement à 4 voix !), des temps pour prier la liturgie des heures (laudes, vêpres et complies), une très belle messe le dimanche matin à la cathédrale St Gatien avec le chœur diocésain, beaucoup de temps d'échanges informels, des rencontres ou retrouvailles entre les uns ou les autres, et aussi de la convivialité (avec de très bons repas et ... un peu de vin de Touraine aussi !). Deux jours intenses mais riches et permettant de se ressourcer !

Un évènement restera à mon sens inoubliable : cette table ronde étonnante réunissant ..

  • un chef de chœur de cathédrale expérimenté spécialiste du chant grégorien (mais ne chantant pas que cela, évidemment)
  • un jeune chef de chœur responsable d'une maîtrise de cathédrale
  • un organiste professionnel parisien reconnu, organiste liturgique et concertiste, professeur d'orgue dans un conservatoire régional et compositeur
  • un guitariste, auteur-compositeur, chanteur de "pop-louange" animateur dans des aumôneries
  • deux représentantes de la Communauté de l'Emmanuel ayant écrit des chants pour elle, une qui en a connu les prémices, l'autre, plus jeune, qui s'est formée à l'Institut Supérieur de Liturgie

... Tout cela aurait été simplement impossible il y a une dizaine d'années !

... Non, non, je vous assure, il n'y a pas eu de bagarre !

Pour tenter de synthétiser, j’ai pointé quelques convictions marquantes et « mots clés » notés en vrac au fil des interventions

  • La liturgie comme lieu possible d'évangélisation, pas un moyen (ne pas l'instrumentaliser !) ; c'est d'abord le lieu de la rencontre avec le Christ, une expérience de réactualisation du mystère pascal ... qui conduit (ensuite !) au service du frère et à l'annonce de la Bonne nouvelle.
  • Plutôt que de parler de « nouvelle évangélisation », on pourrait peut-être parler d’ « évangélisation renouvelée »
  • Dans nos liturgies, soigner la mise en œuvre (rites, gestes, chants, musiques, paroles etc.) ... même avec des moyens simples, mais en préservant l'authenticité et la charité fraternelle ; la qualité doit être habitée spirituellement, ajustée à l'action liturgique
  • Le chant grégorien est un héritage, c'est un chant « nouveau » pour beaucoup, qui ne devrait pas être lié à des considérations idéologiques. Il porte la Parole ; en cela c'est un modèle de référence pour d'autres styles de chant.
  • Dans nos compositions et choix de chants, retrouvons la couleur modale propre à chaque temps liturgique !
  • La beauté de la musique liturgique peut permettre une conversion ; une expérience esthétique forte peut être le lieu d'une rencontre personnelle avec le Christ
  • Dépasser les clivages et tensions en matière de chant liturgique , en dialoguant, en apprenant à se connaître, en travaillant ensemble, en se recentrant sur l'essentiel (la foi ET ce que l’Église nous demande - se référer aux rituels et à la PGMR)
  • Tous nos chants chrétiens structurent-ils notre foi ? Les auteurs de textes ont une vraie responsabilité.
  • L'unité n'est pas l'uniformité, elle passe par l'accueil et la reconnaissance de l'autre (répertoires, sensibilités...)
  • L'unité ne se décrète pas, elle se construit. On a besoin de formation sérieuse (musicale ET liturgique), d'outils simples, de critères de discernement, de convenance liturgique et rituelle, en fonction des moyens musicaux (vocaux, instrumentaux …) dont on dispose (ou ... dont on ne dispose pas ...) et du lieu dans lequel on célèbre.
  • En tant qu'acteur ou formateur en musique liturgique, agir de manière responsable : nos choix, nos actes ne sont pas anodins

Bref ... Certains diront qu'il y a encore du chemin à faire, mais des choses importantes ont été dites et se sont vécues. Et Il y a là un véritable enjeu pastoral à approfondir !

Isabelle FONTAINE (Diocèse de Soissons, Laon et Saint-Quentin)

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